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Réchauffement climatique : ne pas se tromper de méthode

  • Publié le 7 novembre 2007
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version longue de la tribune libre parue dans "la tribune" du 5 novembre

Par

Michel Petit, Président de la Commission Environnement de l’Académie des Sciences

Hervé Nifenecker, Président de « Sauvons le Climat », co-président du colloque « Energies et effet de serre »

Gilbert Ruelle, Président de la Commission Energie de l’Académie des Technologies

Didier Wirth, Président du Comité des Parcs et Jardins de France, co-président du colloque « Energies et effet de serre »

 

L'initiative prise par le Président de la République de convoquer un « Grenelle de l'Environnement » se traduit par une vaste prise de conscience des problèmes environnementaux dans notre pays, et tout particulièrement des conséquences du réchauffement climatique. Un certain nombre de pistes proposées par le Président de la République le 25 octobre vont, incontestablement, dans le bon sens : accélération du programme de rénovation et d’isolation des logements anciens, eco-pastille sur les nouvelles voitures, prime à la casse sur les anciennes, transfert du fret de la route vers le rail, encouragement au développement des transports en commun…

Il reste qu’il manque à l’ensemble des propositions sur l’énergie une stratégie claire de priorité donnée aux économies de combustibles fossiles et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Même si cette priorité est affirmée par le Président de la République, son application reste ambiguë dans les mesures proposées.

En effet, le rapport final laisse entendre que les économies d’énergie sont « Le Moyen » de relever le défi climatique alors qu’il n’existe aucune raison scientifique d’en faire un objectif en soi. On peut citer de nombreux exemples dans lesquels une dépense supplémentaire d’énergie permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre. La composition du collège des associations, peu représentatif des divers courants d’idées de la société française, laissait prévoir de grosses difficultés. Le désaccord, clairement reconnu, sur la question cruciale du nucléaire, ne pouvait amener qu’à minimiser le rôle de l’électricité produite sans recours aux combustibles fossiles. Ainsi observe-t-on un curieux silence sur le chauffage électrique direct ou par pompe à chaleur, ou des motorisations hybrides rechargeables ou électriques.

C’est dans ce contexte et dans l’espoir d’enrichir le débat en faisant entendre la voix des exclus du Grenelle de l’Environnement que s’est tenu, le 10 octobre au Palais du Luxembourg, le colloque « Energies et effet de serre » organisé par une douzaine d’associations de défense de l’environnement et du patrimoine paysager comptant plusieurs dizaines de milliers d’adhérents, avec le soutien et la participation des Académies des Beaux Arts, des Sciences et des Technologies, elles aussi officiellement absentes du Grenelle officiel.

 

Fixer les priorités en termes de rejet de CO2

Alors que tous les signaux climatiques sont désormais au rouge, il n’est plus l’heure de tergiverser ni de s’égarer dans des chemins de traverse. Toute politique énergétique et climatique doit retenir comme critère fondamental la réduction des émissions de gaz à effet de serre qu’elle est susceptible d’entraîner.

La multiplicité des objectifs énergétiques fixés par les directives européennes : 20% de réduction des émissions de CO2, 20% d’économies d’énergie, 20% d’énergies renouvelables et 21% d’électricité renouvelable est déraisonnable. Il y a lieu de se concentrer sur un seul objectif : la réduction des émissions de CO2, les économies d’énergie et le recours aux énergies renouvelables n’étant encouragées ou imposées que dans la mesure où ils concourent à l’objectif principal.

Dans cette optique le critère d’efficacité CO2 doit être quantifié. Les actions les plus efficaces en termes de coût de réduction d’émissions de gaz à effet de serre doivent être privilégiées. Elles peuvent se décliner sous forme de réglementations, de normes, de subventions et de taxes. Ces dernières - qui doivent être assises sur les émissions de CO2 et non sur la simple consommation d’énergie - devront, par des aides spécifiques, veiller à ne pas rendre encore plus difficiles les conditions de vie des moins favorisés.

 

Développer les usages de l’électricité et bien choisir les sources

C’est dans le domaine du chauffage des logements et bureaux que les actions sont les plus payantes, et, donc les plus urgentes : isoler certes, mais, aussi, décourager l’usage du chauffage au fioul, au gaz et au charbon en allant jusqu’à l’interdiction de l’usage de ce type de ce chauffage pour les constructions neuves ou les rénovations lourdes.

En France, 10% de la production d’électricité reste d’origine fossile. Il est nécessaire de réduire cette part et, a fortiori, de ne pas la laisser croître, contrairement à la tendance actuelle. Les promoteurs des nouvelles centrales à charbon en projet laissent à penser que la technique de captage-stockage du CO2 est pratiquement au point. Il y a donc lieu d’exiger que toute nouvelle centrale à charbon (ou gaz) soit dotée d’un tel dispositif opérationnel avant qu’elle soit autorisée à vendre du courant.

Un très grand programme éolien a été lancé en 2006 par la Programmation Pluriannuelle des Investissements de production électrique, qui a prévu la construction de 17000 MW éoliens dont 4000 offshore. L’investissement correspondant est estimé à 18 milliards d’euros (soit 6 EPR). Le caractère aléatoire du vent limite la puissance moyenne délivrées par ces installations au cinquième environ de leur puissance nominale. L’énergie délivrée ne produira donc pas plus que 2,5 EPR. Il est aussi probable qu’il soit nécessaire, pour faire face aux périodes de vent faible ou nul, d'utiliser des turbines à gaz en cycle ouvert de faible rendement. La mise en œuvre d’un tel parc éolien, bénéficiant d’une obligation d’achat à un prix constituant une rente anormalement élevée pour les investisseurs, représentant un surcoût annuel pour les consommateurs d'environ 3 milliards d’euros, conduirait alors, paradoxalement, à une augmentation des rejets de CO2. Un moratoire sur l’obligation d’achat dont les effets pervers sont évidents devrait être envisagé en attendant un débat sur l’éolien aussi sérieux que celui qui s’est tenu sur l’EPR.

Grâce à une électricité produite avec de faibles émissions de CO2 la France est remarquablement placée pour réduire considérablement les émissions du secteur des transports. Il s’agit, tout d’abord, d’encourager l’usage des transports en commun électriques. On ne sait pas assez que, dans des pays utilisant largement une électricité d’origine fossile, les trains diesel ont un meilleur bilan CO2 que les trains électriques. C’est, évidemment, l’inverse qui est vrai lorsque l’électricité est produite par les énergies renouvelables et nucléaire. De ce fait, notre pays est un des rares où l’utilisation des véhicules hybrides rechargeables, dans lesquels une fraction importante de l’énergie est fournie par l’électricité, ou de véhicules purement électriques, conduirait à une forte réduction des émissions de CO2. Il est donc urgent que l’industrie automobile française s’engage avec dynamisme dans la production de ces véhicules, avec un encouragement clair et durable des pouvoirs publics.

L’extension des usages de l’électricité dans de nouveaux domaines conduira à une augmentation de sa consommation. Il y a donc lieu, pour que notre pays profite pleinement de sa structure de production électrique, de mettre rapidement en chantier une série de nouveaux réacteurs nucléaires.

 

Une opportunité pour la France ?

En Europe, deux variantes de politiques énergétiques sont développées : l’une, suivie depuis longtemps par le Danemark et à laquelle l’Allemagne et l’Espagne se sont ralliées, repose sur le refus du nucléaire, le développement de l’électricité renouvelable - plus particulièrement de l’éolien - et le maintien d’un important recours à l’électricité fossile ; l’autre, suivie par la France, la Suisse et la Suède, repose sur un recours très faible à cette dernière. Les rejets de CO2 dans les premiers pays sont de l’ordre 10 tonnes par habitant alors qu’ils sont de l’ordre de 6 pour les autres…

Pourquoi vouloir imposer le premier modèle au détriment du second, comme le font l’Alliance et la FNE ? Ne serait-il pas plus intelligent d’organiser une compétition vertueuse entre eux en fixant un délai à l’issue duquel on pourrait évaluer leur efficacité relative. Au bout de ce délai l’Europe pourrait choisir le modèle ayant donné les résultats les meilleurs en ce qui concerne les émissions de CO2, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous sommes convaincus que notre pays a des atouts exceptionnels à faire valoir.

Laissons l’expérimentation trancher.

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