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Faut-il regretter l’augmentation du prix du pétrole ?

  • Publié le 20 juin 2008
SLC
  • Combustibles fossiles
  • Production d’énergie

 

Depuis sa création, « Sauvons le Climat » considère que le prix TTC des combustibles fossiles doit augmenter progressivement, tout en soulignant la nécessité de mesures d’accompagnement en faveur des revenus modestes. Il s’agissait ainsi de ménager une transition progressive, et donc aussi peu douloureuse que possible, vers une économie beaucoup moins dépendante des combustibles fossiles.

L’accroissement très rapide du prix du pétrole et, avec retard, du gaz ôte de son urgence à la mise en place de la taxe carbone. Est-ce pour autant qu’il faille en abandonner l’idée ? Nous ne le pensons pas. Le prix élevé du pétrole amène déjà nos compatriotes à adopter des conduites « vertueuses », comme ce fut le cas lors des deux précédents chocs pétroliers. La hausse du prix actuel a des composantes durables (approche du peak-oil) mais aussi conjoncturelles (spéculation, manque d’investissements dans l’exploitation et le raffinage, croissance très rapide de la demande de la Chine et de l’Inde, par exemple). Il ne faudrait pas qu’une re-descente du prix du pétrole nous fasse renoncer à notre comportement économe en énergies fossiles. Ainsi une taxe carbone pourrait assurer que le prix du pétrole (taxe carbone incluse) ne tombe pas en dessous d’une valeur déterminée, par exemple l’équivalent de 100 dollars/baril. De même, à condition d’être appliquée sélectivement, elle pourrait assurer que le pétrole ne soit pas remplacé par le charbon ou le gaz, eux-mêmes sources de gaz à effet de serre.

Il reste que la transition doit être gérée dès à présent. Cette nouvelle crise pétrolière a mis à nu un certain nombre de dysfonctionnement de notre économie

Des réactions paradoxales à la hausse du prix des carburants

Comme on pouvait s’y attendre, la hausse des prix des carburants  a entraîné de vives réactions des pêcheurs professionnels, des transporteurs routiers et des agriculteurs ; et ce, bien que le caractère généralisé et international de cette hausse, de même que l’effet protecteur de l’euro et, dans certains cas (pour les transporteurs routiers,  notamment)de la TIPP, minimise, en principe, l’argument de la concurrence internationale pour nos transporteurs, pêcheurs et agriculteurs. Au niveau européen, par exemple, les transporteurs routiers des pays qui ont une faible TIPP sur les carburants (les Espagnols, par exemple) ressentent davantage la hausse du baril que ceux des pays comme la France qui ont une TIPP élevée. Alors , pourquoi ces protestations ? La réalité est que ces professions ne peuvent pas, ou difficilement, répercuter librement la hausse du carburant dans leur prix de vente, soit que les contrats qui les lient à leurs donneurs d’ordre ne l’autorisent pas, soit que le mode d’établissement des prix des produits ou service ne permet pas, en pratique, les ajustements nécessaires.

Pourtant, comme nous l’avons dit, l’argument de la concurrence internationale ne tient pas lorsque la hausse du prix des carburants est générale : la hausse du prix des énergies fossiles impacte de la même façon l’ensemble des concurrents à l’échelle planétaire de la production et de l’échange.

Il est temps que l’organisation économique de la France soit telle que l’augmentation des prix des carburants soit répercutée au niveau du consommateur. Celui-ci sera ainsi amené à favoriser les achats  à faible contenu en combustibles fossiles.

Il est donc nécessaire de modifier le fonctionnement de notre système économique et de nos modes de concertation de façon à ce que le caractère inéluctable de la hausse des carburants soit bien compris et que ses effets soient reportés  sur les prix à la consommation finale.

Des actions de diminution de notre consommation de combustibles fossiles immédiatement rentables

Du fait de l’augmentation du prix du pétrole, de nombreuses actions de réduction  de consommation de combustibles fossiles deviennent rentables. Citons (1):

  • Pour un baril à  75 dollars :
    • L’isolation des logements existants
    • Chauffage individuel au bois dans des chaudières modernes adaptées
    • Chauffage collectif au bois avec réseau existant dans des chaudières adaptées
  • Pour un baril à  100 dollars
    • Pompe à chaleur
    • Chauffage collectif au bois avec création de réseau
    • Remplacement d’une voiture d’utilisation urbaine consommant 8 litres/100 km  par une voiture électrique urbaine.
  • Pour un baril à 150 dollars
    • Chauffe eau solaire, et, dans des circonstances favorables chauffage solaire
    • Remplacement d’une voiture consommant 8 litres d’essence/100 km  et roulant 20000km /an par une voiture consommant 3 ou 4  litres/100 km .

Pour inciter aux investissements correspondants  nécessaires,  il suffirait de proposer des prêts dont les remboursements seraient inférieurs au gain sur le combustibles qu’ils permettraient. L’Etat pourrait intervenir en offrant sa caution, si nécessaire (faibles revenus), et en négociant avec les banques de faibles intérêts pour ces opérations.

Dans certains cas la réglementation est la plus efficace

La raréfaction du gaz et du pétrole rend insoutenable leur utilisation pour la production de chaleur à basse température comme pour le chauffage des locaux. Il nous paraît évident qu’il faut mettre hors norme les chaudières à fioul et à gaz dans les constructions neuves, et accélérer leur abandon dans les logements anciens en instaurant un système de bonus malus sur les équipements destinés à remplacer les installations de chauffage anciennes.

Il est incompréhensible que l’on programme encore des centrales électriques à gaz ou à charbon qui ne soient pas équipées de système opérationnel de captage stockage du CO2.  Le développement même de l’usage du gaz est discutable à cause de l’évolution probable de son prix  et de la dépendance à l’importation que son usage entraîne.

Accompagner l’augmentation du prix du pétrole

L’augmentation du prix du pétrole est d’autant plus difficile à supporter par les particuliers que  leurs revenus sont faibles. La Société doit répondre clairement à la question de savoir si cette augmentation inévitable sur le long terme se traduira par une augmentation des inégalités sociales, ou, au contraire par leur réduction. Les primes à la cuve et les chèques transport vont dans ce dernier sens mais sont insuffisants, d’autant plus, pour les chèques transports, que les dispositions rendant possibles leur utilisation (leur impression) n’ont curieusement jamais été prises malgré le vote de la loi 2006-1770 du 30 décembre 2006 les mettant en place. De nombreuses propositions ont été faites pour amortir l’effet de l’augmentation du prix des fossiles : mise en place d’une allocation personnalisée à l’énergie, distribution de bons de détaxation etc.  Il nous semble urgent que le gouvernement et la représentation nationale prennent les initiatives nécessaires, après les consultations pertinentes, afin que la transition nécessaire et inévitable  vers la fin des énergies fossiles bon marché soit négociée sans qu’elle se traduise par une augmentation des inégalités sociales.  
 

(1) Eléments pour une politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre et le livre « Trop de pétrole » par Henri Prévot

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