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Exces de leucemies

  • Publié le 15 décembre 2007
SLC
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Les sites nucléaires sont-ils à l’origine d’excès de leucémies ?

Une étude de l'université de Mayence(1) récemment publiée montre que, parmi les enfants de moins de cinq ans grandissant à moins de cinq kilomètres d'une centrale atomique, les cas de leucémie aiguë sont deux fois plus fréquents que dans d'autres régions.

« Sauvons le Climat » considère que l’utilisation de l’énergie nucléaire pour produire de l’électricité est un des principaux moyens pour contrôler et limiter les rejets de gaz carbonique. Il est évidemment indispensable que cette utilisation ne constitue pas une menace sérieuse pour la santé publique et qu’elle soit acceptable par l’opinion publique. Nous sommes habitués à ce que les groupes antinucléaires sautent sur la moindre occasion pour « affoler les populations ». Au rebours, les organismes qui devraient éclairer rapidement nos concitoyens sur la signification de telles annonces le font généralement, quand ils le font, trop tard pour que leurs explications soient entendues.

Pour ces raisons « Sauvons le Climat » estime nécessaire de participer à l’information du public sur la signification des résultats de l’étude allemande.

Le réseau « Sortir du Nucléaire » demande que soit diligentée autour des centrales nucléaires françaises une étude semblable, mais ils semblent ignorer qu’elle a déjà été faite et publiée dans le British Journal of Cancer en 2004 (2). Cette étude a recherché l'incidence des cancers de l'enfant (solides et leucémies) à des distances variables des sites nucléaires français sur la période 1990 - 1998. Elle ne montre aucun lien entre la distance à la centrale et le nombre de leucémies quel que soit l'âge des enfants ; dans un rayon de 20 km autour des 19 centrales nucléaires, on a observé 199 cas de leucémies contre 208 attendus; et autour de l’ensemble des 29 sites nucléaires français, on observe même un déficit significatif de leucémies de l'enfant (670 observées contre 729 attendues).

Les résultats obtenus en France et en Allemagne sont donc contradictoires, ce qui peut être dû à de multiples causes :
          la distance considérée par rapport aux centrales, mais l’étude allemande reste significative dans un rayon de 10 km alors que l’étude française ne montre aucun excès de cancer dans un rayon de 5, 10 ou 20 km ;
          un groupe « témoin » différent car les enfants vivant à une certaine distance des centrales sont comparés à ceux vivant au delà dans l’étude allemande et aux données des registres généraux des cancers de l’enfant dans l’étude française ;
         il peut y avoir des erreurs de classement car les deux études considèrent l’habitat de l’enfant au moment du diagnostic de cancer. Pour une enquête sur des facteurs de risque de cancérogenèse, dont l’effet est toujours retardé, il faudrait savoir où ils résidaient plusieurs années auparavant et pendant combien d’années ils ont vécu à proximité de la centrale, quel que soit le facteur de risque recherché ;
       des facteurs de confusion non pris en compte, soit connus (tabagisme des parents, ethnie, benzène) soit inconnus ou difficiles à rechercher (virus, brassage des populations).
La conclusion de l’étude allemande quant aux causes de l’excès de leucémies observé est très prudente et met hors de cause, « en l’état actuel des connaissances » l’irradiation supplémentaire due à la présence de la centrale.
Rappelons en effet que l’exposition supplémentaire aux rayonnements ionisants des riverains d’une centrale nucléaire est d’environ 0,015 mSv par an (millisieverts), cent fois moins que la différence d’irradiation naturelle annuelle entre Paris et Clermont-Ferrand. A contrario, d’après les données du suivi des irradiés d’Hiroshima-Nagasaki, la dose d’irradiation qui pourrait donner un risque relatif de leucémie myéloïde aiguë de 3,88 (résultat de l’étude allemande) est de l’ordre de 800 mSv.
 

Ce n’est pas la première fois que des excès de leucémies chez des enfants en bas âge ont été observés aux environs d’installations nucléaires. A notre connaissance un tel excès a d’abord été signalé près de l’usine britannique de retraitement de combustible nucléaire, celle de Sellafield, à côté de la petite ville de Seascale (3). 6 cas de leucémies d’enfants de 1 à 6 ans nés à Seascale entre 1950 et 1989 avaient été observé, alors que le nombre de cas attendus n’aurait pas dû excéder l’unité. Un effet comparable, mais moins important (un facteur 2 au lieu de 10, proche de celui de l’étude allemande), avait été observé à proximité de l’usine de La Hague (4,5). Bien entendu, sur de si faibles chiffres les erreurs statistiques sont considérables En principe, les usines de retraitement sont à l’origine d’un surcroît d’irradiation de la population notablement plus important que les centrales nucléaires. Mais même aux environs de ces usines ce surcroît reste extrêmement faible. Ainsi, dans le canton de Beaumont-La Hague entourant l’usine de La Hague, l’irradiation due à l’usine est environ 1000 fois plus faible que celle due aux irradiations naturelle et médicale. Dans ces conditions, les chercheurs britanniques et français conclurent, comme les chercheurs allemands dans leur récente étude, que l’irradiation directe des enfants ne pouvait expliquer les surcroîts de leucémies. Après enquête, les habitudes alimentaires ne pouvaient pas non plus être incriminées. Une étude anglaise (6) démontrait également que l’irradiation professionnelle des pères (souvent employés de l’usine) n’était pas non plus en cause. Des chercheurs anglais avaient observé une augmentation de l’incidence des leucémies infantiles en liaison avec les brassages de population consécutives à la construction de grandes infrastructures industrielles (7). Les grandes infrastructures construites en milieu rural (comme le plupart des centrales nucléaires) se traduisent par un brassage important des populations. Pour comprendre l’excès de leucémies autour de Sellafield les épidémiologues anglais décidèrent donc d’étudier l’impact de ce brassage sur la fréquence des leucémies. Cette étude, très détaillée, concerna le comté de Cumbria à l’exception du canton de Seascale. Une corrélation très forte entre le taux de leucémies infantiles et le brassage de population apparut : les taux de leucémies des cantons à fort brassage pouvaient être 10 fois plus élevés que les taux moyens (8). En appliquant cette corrélation au canton de Seascale ils purent rendre compte de la plus grande partie des excès de leucémies. De plus, un récent rapport (9) d’un Comité indépendant le COMARE a observé que les leucémies infantiles (et certains autres cancers) avaient une structure en taches géographiques (« clusters ») qui pourraient avoir leur cause dans les propriétés de propagation d’infections virales ayant une faible probabilité d’induire des cancers. Notons que le COMARE n’a pas remarqué d’augmentation de l’incidence de leucémies auprès des centrales nucléaires, en accord avec les résultats français. Il est possible que d’autres facteurs que le brassage des populations soient en cause (certains envisagent une influence d’une pollution des eaux de boisson au cours des travaux de construction) ; mais il faudrait que toute explication des excès de leucémie auprès des sites nucléaires, et, sans doute, d’autres dont la construction aurait amené un important brassage de population, tienne compte des effets de ce brassage. Sans que cela soit définitivement établi il semble que le brassage de population se traduise par une augmentation du nombre d’infections virales chez des populations non immunisées. De telles infections pourraient être à l’origine des leucémies observées.  Il semble que les universitaires allemands n’aient   pas pris en compte l’influence possible du brassage de population. L'étude des leucémies infantiles est un sujet trop grave pour en tronquer l'analyse.  Il serait sans doute judicieux d’étudier plus sérieusement, en France et en Europe, l’influence du brassage de population sur l’incidence des leucémies infantiles, et, d’une façon générale, à l’instar de ce qui a été fait par le COMARE, l’origine de la répartition en « taches » des leucémies et des cancers solides.

Bibliographie

Nous pensons utile, dans une question aussi sérieuse, de donner quelques références auxquelles le lecteur sceptique ou curieux pourra se référer.

(1) Leukaemia in young children living in the vicinity of German nuclear power plants
Peter Kaatsch*, Claudia Spix, Renate Schulze-Rath, Sven Schmiedel and Maria Blettner
A paraître dans Int. J. Cancer
 
Incidence of childhood leukaemia in the vicinity of nuclear sites in France, 1990-1998. Br J Cancer. 2004 Aug 31;91(5):916-22. 

(3) Windscale, the nuclear laundry, Yorkshire television,,J.Cutler 1983

(4) J.F.Vieil et S.T.Richardson, BMJ 1990, 300 p.580 et A.V. Guizard et al. J.Community Health 2001, 55, 469            

(5) Conclusions des travaux du groupe radioécologique du Nord Cotentin
 
(6) R.Doll et al. Nature 1994, 367, 678
 
(7) L.J.Kinlen et al.BMJ1993 ,306, 743
 
(8) H.O.Dickinson Br J Cancer, 1999, 81(1) 144
 
(9)Committee on Medical Aspects of Radiation in the Environment (COMARE) (2006).  Eleventh Report.  The distribution of childhood leukaemia and other childhood cancer in Great Britain 1969-1993.  Health Protection Agency, July 2006
 
 

 

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