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Réflexions sur le livre vert de l'UE : "Une stratégie énergétique pour l´Europe"

  • Publié le 21 mars 2006
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Réflexions sur le Livre vert de la Commission Européenne : "Une stratégie énergétique pour l'Europe"

Le nouveau livre vert de la Commission Européenne sur l'énergie fait suite à plusieurs autres sur le même sujet, le dernier en date étant celui sur l'efficacité énergétique de juin 2005 que "Sauvons le Climat" avait critiqué en son temps : communiqué du 6 août 2005 et article du 1er juillet 2005

Ce livre vert contient plusieurs éléments positifs et d'autres qui le sont moins : selon la lecture que l'on en fait, le verre est à ­moitié plein ou à ­moitié vide.

Il a d'abord le grand mérite de poser le problè­me de l'énergie en termes de stratégie énergétique pour l'Europe et de reconnaître qu'il est indispensable de fixer des objectifs clairs pour assurer un approvisionnement durable, efficace et diversifié. On est donc loin de l'attitude qui a prévalu dans le passé de faire aveuglé­ment confiance aux lois du marché. Bien au contraire, il s'agit maintenant de définir et de mettre en oeuvre les moyens de compenser les insuffisances du marché par un certain nombre de mesures.

On doit cependant regretter que le livre vert semble considérer comme inéluctables l'augmentation de la demande d'énergie, et des é­missions de CO2, de quelque 60 % d'ici 2030. L'objectif premier de toute stratégie énergétique ne doit-il pas être de limiter ces augmentations ? "Sauvons le Climat" avait déjà  noté et regretté la timidité des objectifs de maîtrise de l'énergie affichés dans le livre vert de juin 2005 sur l'efficacité énergétique.

Le livre vert fixe un objectif central louable : "disposer d'une proportion minimum de sources d'énergie sûres et à faible teneur en carbone dans le bouquet énergétique global de l'Union Européenne", chaque pays étant libre de ses choix énergétiques pour autant qu'il satisfasse à cet objectif. On aimerait bien savoir ce que sera cette proportion "minimum" et on aurait préféré qu'elle soit maximum ! Malgré cela "Sauvons le Climat" apprécie ce qui semble un premier pas dans le sens de son propre manifeste.

Parmi les moyens proposés par le livre vert pour compenser les insuffisances des mécanismes de marché, on relève la mise en place du cadre nécessaire pour stimuler les nouveaux investissements, des accords à long terme avec les fournisseurs extérieurs d'énergie, et des mesures de soutien pour les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. Il est aussi proposé µne analyse stratégique de la politique énergétique de l'Union Européenne portant "sur les avantages et les désavantages des différentes sources d'énergie, des sources renouvelables indigènes jusqu'au charbon et au nucléaire". "Sauvons le Climat" apprécie aussi que cette position rejoigne sa propre dé­marche qui refuse toute exclusive.

En revanche, lorsque l'on rentre dans le détail des orientations proposées, les grands principes que nous venons de rappeler sont un peu oubliés :


Ø  La grande priorité de la Commission reste la mise en place d'un grand marché intérieur de l'énergie dont on attend davantage de sécurité énergétique (alors que les risques principaux concernent les approvisionnements extérieurs) et le maintien d'une énergie "à des prix abordables". Le dogme qui veut que la concurrence dans le domaine énergétique (et surtout dans celui de l'électricité conduise à un optimum économique demanderait à être confronté aux faits. De plus, pour "Sauvons le Climat", une énergie "bon marché" n'incite pas véritablement aux économies. Il y aurait lieu, au contraire, d'envisager une taxation plus importante des énergies fossiles.

Ø  Dans "l'approche intégrée pour lutter contre le changement climatique", les énergies renouvelables fournissant de la chaleur, dont le potentiel est important, sont à peine évoquées, et le développement du stockage de l'électricité pourtant indispensable au développement des électricités intermittentes, non plus. Le charbon avec séquestration du CO2 figure en bonne place, mais le nucléaire est tout simplement oublié.

Ø  Plusieurs indices font penser que les mesures préconisées dans le livre vert auraient pour effet d'augmenter les importations de pétrole et de gaz, avec comme conséquence d'augmenter les é­missions de CO2. A l'inverse, les besoins de pétrole et de gaz des pays en développement sont passés sous silence, alors qu'ils en ont un besoin vital pour permettre un décollage économique, aux cas des énergies décentralisées indispensables pour les régions difficiles à alimenter par des réseaux.

Ø  La place de l'electricité dans le bouquet énergétique n'est jamais évoquée et est en particulier absente dans la recherche de solutions de remplacement pour le pétrole. Or il paraît à peu près certain que le remplacement du pétrole dans les transports nécessitera de l'électricité soit directement dans des véhicules hybrides ou électriques, soit indirectement pour fournir une énergie "propre" nécessaire à la synthèse des biocarburants.


"Sauvons le Climat" souhaite que le livre vert soit retravaillé pour le rendre plus cohérent avec les principes qu'il affiche. Il est également urgent d'ouvrir un vrai débat à l'échelle de l'Union Européenne sur les moyens permettant de mettre en oeuvre la stratégie énergétique européenne, en corrigeant la "myopie" du marché qui tend spontané­ment à privilégier le court terme.

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