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Le méthane, une bombe à retardement pour le réchauffement global ?

  • Publié le 6 avril 2009
SLC
  • Gaz à effet de serre

Un récent article paru  dans le New Scientist[1]  fait le point sur le réchauffement au hautes latitudes. La température moyenne y a augmenté de 2°C par rapport aux années 1951 – 1980,entraînant une fonte de la banquise. Contrairement à celle-ci qui est un réflecteur très efficace de la lumière solaire, les surfaces de mer dégagées de la glace sont très absorbantes et se réchauffent donc rapidement, un réchauffement qui se propage aux continents avoisinants (Canada, Groenland, Norvège, Sibérie …)  jusqu’à plus de 1000 km vers l’intérieur. Une conséquence de ce réchauffement déjà bien perceptible est la fonte du permafrost, cette portion de sol qui n’a   jamais dégelé depuis la dernière glaciation qui s’est terminée il y a 10 000 ans ; la fonte du permafrost entraîne la dégradation rapide du sol et de tout ce qui a été construit dessus.

altMais les conséquences peuvent en être beaucoup plus considérables : le permafrost contient des quantités considérables  de carbone (évaluées à 16 000 milliards de tonnes), dont une part appréciable pourrait être relâchée dans l’atmosphère en cas de fonte importante de ce permafrost. Une bonne part de ce carbone est sous forme de méthane (CH4), un gaz à effet de serre 62 fois plus « efficace » pour l’effet de serre, que le dioxyde de carbone(CO2)[2]. Un accroissement du méthane atmosphérique aura pour effet d’amplifier le réchauffement et d’accélérer la fonte du permafrost. En outre, dans ce sol dégelé, qui recèle de grandes quantités de carbone organique, la vie bactérienne va redémarrer, accélérant son réchauffement par la chaleur qu’elle produit, et provoquant l’émission de quantités supplémentaires de CO2 et de CH4, et donc,  là aussi une accélération  du réchauffement. Les zones humides vont considérablement s’étendre comme conséquence de cette fonte, zones qui sont des sources naturelles importantes de méthane. Et si le réchauffement se propage jusqu’aux sédiments, peu profonds, des mers avoisinantes, c’est alors le méthane qui y est stocké sous forme d’hydrates, qui risque de dégazer rapidement, entraînant encore une accélération du réchauffement.

La concentration atmosphérique de méthane avait augmenté de 150% depuis le début de l’ère industrielle , avant de se stabiliser il y a une dizaine d’années[3]. En 2007, elle a recommencé à augmenter (voir la figure, tirée de l’article du NewScientist). On suspecte les émissions par le permafrost partiellement fondu en Sibérie à la fin de l’été 2007[4].

Un dégazage important de méthane risquerait d’entraîner  un emballement du processus de réchauffement , qu’il ne serait plus possible de maîtriser

. C’est pourquoi Sauvons Le Climat se fait l’écho de cet article qui fait prendre conscience de l’importance  qu’il y a à agir très rapidement pour maintenir  le réchauffement climatique dans des limites gérables .De ce fait, il est urgent qu’un accord international soit trouvé lors du sommet de Copenhague en décembre 2009,pour réduire drastiquement les émissions anthropiques de gaz à effet de serre. Il n’y a plus de temps à perdre pour agir, en oubliant les postures idéologiques ou la recherche de profits à court terme mais en utilisant, au contraire, tous les moyens (économies d’énergie, énergies renouvelables et nucléaires, captage et séquestration du gaz carbonique) pour atteindre ce but.



[1] http://www.newscientist.com/article/mg20127011.500-arctic-meltdown-is-a-threat-to-humanity.htm par Fred Pierce dans le numéro  du 28 mars 2009 Vol 201 N° 2701 p. 32

[2] Actuellement, le méthane est responsable de 18% de l’effet de serre additionnel dû à l’homme, à comparer aux 63% du dioxyde de carbone. Un relâchement de 100 milliards de tonnes d’ici la fin du siècle aurait le même effet que 270 ans d’émissions de CO2 au rythme actuel de 27 milliards de tonnes par an.

[3] Cette stabilisation a été attribuée à 2 causes successives : dans un premier temps, les rejets dus aux activités humaines ont diminué ; puis les zones humides, émettrices de méthane, ont régressé alors que les rejets par l’homme ré-augmentaient. 

[4] Mais une autre hypothèse serait une diminution de la destruction par oxydation du méthane atmosphérique. Un accroissement de la pollution, par exemple par le monoxyde de carbone, entraîne la destruction des radicaux OH responsables de cette oxydation.

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