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Echange de courrier avec Greenpeace Grenoble

  • Publié le 19 mars 2012
SLC
  • Nucléaire

Notre représentant à la CLI de Grenoble (ILL et CENG) a reçu la lettre suivante de Greenpeace Grenoble. Notre réponse et donnée après la lettre

Lettre de Greenpeace Grenoble

Gisèle Desbiolles

Pour Greenpeace, groupe local de Grenoble

1 rue Paul Vallier 38400 ST MARTIN D'HERES

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                                                                        Monsieur le Secrétaire Général

                                                                             Association SAUVONS LE CLIMAT

                       

Objet : extension du périmètre PPI lié aux installations nucléaires de base

 

                                                                                    St Martin d'Hères le 30 janvier 2012

 

Monsieur le Secrétaire Général,

            Je vous adresse ce courrier puisqu’en tant que membre de la CLI CEA/ILL de GRENOBLE, vous avez la charge de l’information des citoyens sur les risques associés à la présence de cette industrie.

            L’accident de Fukushima a mis en lumière l’importance qu’avait la gestion de crise pour protéger les populations en cas d’accident nucléaire. Évacuation, confinement, distribution des pastilles d’iode, ces mesures sont de la plus haute importance pour réduire les risques encourus par les populations en cas d’accident nucléaire.

            En France, la gestion de crise autour des sites nucléaires s’organise au travers des plans particuliers d’intervention (PPI).

            Ces plans prévoient en cas d’accident nucléaire la mise en place de mesures de protection de la population dans une zone de 600 m autour de l’installation accidentée. L’accident de Fukushima nous a montré que ce périmètre ne correspondait à aucune réalité en cas d’accident grave ou majeur. Une zone de 20 km autour de la centrale a été totalement évacuée, la zone de 20 à 30 km a été confinée et on sait aujourd’hui que la contamination couvre en réalité une zone de plus de 100km1. A Tchernobyl cette zone était de 300 km… Comment la France pense-t-elle se préparer correctement à gérer une crise nucléaire en refusant de reconnaître que les rejets radioactifs qui s’échapperaient d’une centrale accidentée ne s’arrêteraient pas à la frontière des 10 km…

            Les périmètres des PPI ont été arrêtés à la suite d’une analyse de l’IRSN faite dans les années 80 sur la base d’une étude américaine datant des années 702. Dans un rapport de 2006, l’IRSN et le CEA reconnaissent que3 : « Dans les centrales existantes, les accidents graves n’ont pas été considérés lors de leur conception ». Pourtant, en mars 2010, lors de sa présentation au Parlement sur l’état de la sûreté nucléaire en France, le président de l’ASN rappelait que« personne ne pourra jamais garantir qu'il n'y aura jamais d'accident nucléaire en France ». De la même façon dans son document de référence 2010, Areva évoque le fait que « le risque d’un accident grave, malgré les précautions prises à la conception ou à l’exploitation des centrales, ne peut être exclu »4.

 

            Ainsi, ni la conception de nos réacteurs, ni notre organisation de gestion de crise ne prend en compte le risque d’accident grave et d’accident majeur pouvant engendrer des rejets significatifs à l’extérieur d’un site nucléaire, alors même que tous s’accordent pour dire que ce risque ne peut pas être écarté.

 

            Parce que la France compte 58 réacteurs et parce qu’il est impossible de prévoir exactement la dispersion des éléments radioactifs en cas d’accident, nous estimons que tous les Français sont aujourd’hui concernés par le risque nucléaire et que les PPI ne répondent pas à cette réalité. Nous demandons que l’ensemble des 36 000 communes de France soient prises en compte à l’intérieur des PPI, afin que des mesures de protection de la population soient mises en place et testées pour tous.

            Nous vous demandons que ce sujet soit inscrit et débattu à l’ordre du jour de la prochaine CLI. Il est nécessaire que cette institution s’adresse aux autorités compétentes à savoir les préfets de département et le ministère de l’Intérieur pour demander une extension des périmètres PPI et que la prise en compte des risques associés à l’industrie nucléaire soit à la hauteur des véritables enjeux pour les populations.

            Recevez, Monsieur le Secrétaire Général, mes cordiales salutations.

 

                                                                                                            Gisèle Desbiolles

                                                                                    Pour Greenpeace, groupe local de Grenoble

 

1 http://radioactivity.mext.go.jp/en/1750/2011/08/1750_083014.pdf

2 Revue contrôle n°171, juillet 2006

3 R&D relative aux accidents graves dans les réacteurs à eau pressurisée : bilan et perspectives, Paris, la Documentation française,

janvier 2007

4 http://bit.ly/hMHjkE

 

Réponse de "Sauvons le Climat"

 
Chère Madame,
Veuillez trouver ci-dessous notre réponse à votre lettre

Le réacteur de l'ILL a une puissance thermique de 58 MW.. La puissance thermique des 6 réacteurs de Fukushima était de 14118 MW soit 250 fois plus. En cas de fusion totale du cœur et sans aucune protection le risque principal est dû à l'iode 131. La quantité d'Iode présente dans le cœur est proportionnelle à la puissance. En ce qui concerne ce radionuclide, le danger maximum représenté par l'ILL est donc 250 fois plus faible que celui représenté par la centrale de Fukushima Daichi.Ce risque disparaît pratiquement au bout de 2 mois après arrêt du réacteur (la demie vie de l'Iode 131 est de 8 jours). En ce qui concerne ce risque, les habitants des communes bordant l'ILL (Fontaine, en particulier) ont été alimentés en pastilles d'Iode.
Par ailleurs, la probabilité même de fusion  et de  mise à nu du cœur est beaucoup moins probable pour l'ILL que pour les réacteurs deFukushima pour plusieurs raisons:
  • En cas d'arrêt et en absence de pompes, le cœur de l'ILL reste refroidi par simple convection (ceci est possible grâce à sa faible puissance et à la dimension de la piscine dans lequel il se trouve)
  • L'enceinte de béton du réacteur est comparable à celle des REP français, beaucoup plus solide et volumineuse que celle des réacteurs 1,2 et 3 de Fukushima. Ainsi, en cas de fusion de cœur, la surpression dans l'enceinte ne dépasserait pas 0,1 bar alors que dans les réacteurs de puissance on envisage des surpressions de 5 bars.
  • Le cœur de l'ILL est un alliage Aluminium Uranium et il ne peut y avoir de réactions eau-Zirconium conduisant à la production d'Hydrogène par décomposition de l'eau. Le cœur   pèse 10 kg, alors que le chargement d'un REP pèse, typiquement, 100 tonnes, soit 10000 fois plus. Même si une réaction d'oxydation du cœur se produisait la quantité d'hydrogène produite serait 10000 fois plus faible que ce qui pourrait l'être dans un cas de fusion  et d'oxydation  d'un cœur de REP. Le risque d'une explosion hydrogène dévastatrice est donc exclu. 
La contamination au Cs137 représente le principal risque à long terme puisque la demi-vie du Cs137 est de 30 ans. Le réacteur de l'ILL fonctionne pendant 50 jours avant changement de cœur. Dans les réacteurs de puissance le combustible reste en pile pendant 4 ans, soit 30 fois plus longtemps. La quantité de Cs137 présente dans le cœur en fin de vie est donc 250*30=7500 fois plus faible que dans le cas de la centrale de Fukushima. C'est cette quantité qui doit être prise en compte dans la définition d'une zone de sécurité. Si on considère qu'un rayon d'évacuation de 20 km (1256 km2)  autour de Fukushima  était raisonnable, on voit que la zone d'évacuation autour de l'ILL pourrait se limiter à 0,167 km2, soit un rayon de 225 m. Le rayon choisi de 300 m auquel vous vous référez est donc tout à fait raisonnable.
Nous n'avons donc pas l'intention de poser l'exigence ridicule de porter le rayon de sécurité autour de l'ILL  à 20 km comme vous le suggérez.
L'ILL donne de nombreuses réponses aux questions que vous pourriez vous poser sur son site que je vous encourage à consulter pour améliorer le niveau de vos questions:
 
Lors de l'évaluation de sûreté post Fukushima à laquelle j'ai pu assister il fallait vérifier que l'ILL résisterait à un séisme produisant une accélération de 0,3 g alors que la plupart des bâtiments de Grenoble ne semblent pas devoir résister à des accélérations sismiques supérieures à 0,12 g. De même il fallait que l'ILL résiste à une vague de 10 m de haut provenant d'une rupture du barrage de Monteynard. L'ILL résisterait à ces catastrophes naturelles, mais dans quel état se retrouverait l'agglomération? Voilà un vrai sujet de méditation. Si vous le désirez nous pourrions faire une démarche commune auprès du préfet et des élus concernés.
Je dois attirer votre attention sur le fait qu'il existe bien un danger sérieux en cas d'accident à l'ILL, et c'est celui d'un déclenchement d'une panique. J'espère que votre demande ne vise pas à encourager une telle réaction de la population. Ce serait criminel.
Je suis à votre disposition pour approfondir toute question légitime et sérieuse que vous souhaiteriez soulever.
Cordialement
Hervé Nifenecker,
Président d'honneur de Sauvons le Climat
Membre de la CLI de Grenoble
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