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Le nucléaire et ses accidents - Marcel BOITEUX

  • Publié le 23 février 2012
SLC
  • Nucléaire
  • Production d’énergie

 

Marcel BOITEUX, membre de l'Institut : Le nucléaire et ses accidents

 

 

De tous les accidents, heureusement rares dans le nucléaire, des enseignements doivent être tirés.

 

Le premier grand accident de centrale nucléaire, à Three Miles Island, est surtout connu parce que ce fut le premier à aller jusqu’à la « fusion du cœur ». Il n’a fait aucun mort, comme on sait, et les conséquences sanitaires de l’évènement se limitèrent aux accidents de voiture dus à la panique ‒ certes explicable ‒ des populations en fuite. Mais des enseignements utiles en ont été tirés. Malheureusement pas dans le domaine des informations alarmistes, qui ont affolé le voisinage : les problèmes techniques sont plus faciles à maîtriser ! Sans entrer dans les détails, il est apparu qu’en cas d’accident, les panneaux de signalisation qui clignotaient de tous côtés dans la salle de commande ne permettaient plus de s’y reconnaître pour faire un diagnostic correct … et l’exploitant s’est trompé : comme cela arrive dans les accidents cérébraux, il croyait devoir soigner une hémorragie (une fuite) et c’était un infarctus (un bouchon). Le monde du nucléaire en a tiré de précieux enseignements sur la conception des salles de commande, la hiérarchisation nécessaire des informations à afficher, et la nécessité de concevoir des automatismes initiaux qui laissent à l’exploitant le temps d’analyser calmement l’accident pour en déduire les dispositions à prendre.

 

Une conclusion claire a pu être tirée de la catastrophe de Tchernobyl : on ne fait pas des exercices ‒ un « ilotage » en l’occurrence ‒ la veille d’un week-end suivi d’un pont, quand tout le monde, hors les strictes équipes de quart, a son billet d’avion dans la poche[1]. Et, lorsque les sirènes se déclenchent, le personnel doit admettre que même si 99 % des alarmes sont des fausses alarmes, on est peut-être aujourd’hui devant la centième, l’improbable, d’où jaillira la catastrophe : c’est le b-a-ba de la « culture de sûreté ». On ajoutera que « faire le point zéro » de l’état sanitaire d’une région avant d’y procéder à une installation nucléaire est de bonne prudence : dans les zones encore peu développées du continent soviétique où l’état sanitaire des populations est celui que connaissaient nos campagnes latines les plus pauvres il y a un siècle, on éviterait d’attribuer à un accident nucléaire l’état sanitaire préexistant, peu enviable, des populations locales. Les vraies conséquences suffisent sans qu’on se croie obligé d’en rajouter.

 

Fukushima ? On n’en sait pas encore assez pour faire une claire distinction entre les bruits infondés et les réalités. Il est clair que le tsunami a fait plusieurs dizaines de milliers de morts, alors que l’accident nucléaire lui-même, n’en a fait aucun à ce jour. Mais l’étendue des zones de territoire interdites fut impressionnante ; elle est aujourd’hui très fortement réduite ‒ encore que les sinistrés japonais, inquiets et on les comprend, hésitent à revenir. Il est clair en tout cas que si le mur-digue qui protégeait la centrale contre les inondations avait été un peu plus haut, il ne se serait rien passé. Quand on connait le coût faramineux des divers dispositifs exigés dans ces centrales au nom de la sûreté, on se dit que ça n’aurait pas coûté bien cher de faire un mur un peu plus haut … Cette remarque apparemment anodine va plus loin qu’on ne pense : au lieu de rajouter régulièrement des dispositifs supplémentaires qui s’accumulent les uns sur les autres, le temps n’est-il pas venu d’optimiser les systèmes de sûreté en arbitrant entre les risques à dépense égale ?.

 

Au point où sont arrivées les consignes de sûreté, sauver les personnes morales (c’est-à-dire éviter la faillite du propriétaire de la centrale) est une préoccupation négligeable devant celle de réduire rationnellement les atteintes possibles aux personnes physiques : l’objectif s’évalue clairement en nombre de morts évités. Peut-être se posera-t-on un jour la question de savoir si le coût de certaines dispositions plus ou moins redondantes prises dans le nucléaire ne permettrait pas ailleurs ‒ dans les hôpitaux par exemple ‒ de sauver chaque année des milliers de personnes (toutes corrections faites pour raisonner lucidement). Aujourd’hui, la question porte seulement sur les efforts de sûreté menés au sein du nucléaire : n’aurait-il pas mieux valu, à dépense égale, faire une digue un peu plus haute, et prévoir un peu moins de diesels ? (Ce n’est là qu’un exemple un peu simpliste, pour faire image !).

 

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Un accident à Three Mile Island, qui n’a tué personne. Un accident à Tchernobyl, dont on a dit que c’était un accident soviétique et non un accident nucléaire. Un accident à Fukushima dont on ne saurait sous-estimer l’importance, mais qui n’a fait aucun mort nucléaire à ce jour.  

 

Comment, devant ces constats, concilier les passions, les prudences et le bon sens ?



[1] Encore que … Mais ne confondons pas le certificat d’études et l’agrégation.

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