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Sortir du nucléaire : quand on aime on ne compte pas

  • Publié le 16 novembre 2011
SLC
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Sortir du nucléaire : quand on aime on ne compte pas

Sauvons Le Climat

1er novembre 2011

 

 

 

 

Les négociations entre EELV et le PS s’ouvrent cette semaine et il est certain que la question énergétique, y compris, bien sûr, la question du nucléaire y prendra une part capitale.

Dans cette optique une déclaration de Matthieu Orphelin, vice-président Europe
Ecologie-Les Verts de la région Pays de la Loire, parce qu’elle est chiffrée à l’horizon 2025, présente un intérêt particulier. Elle se réfère au scénario Negawatt et pourrait en être la première application à court terme. Le scénario Negawatt se donne pour priorité une sortie rapide du nucléaire, dès 2033. Son application déclinée pour 2025 permet de préciser les conditions et le coût éventuel de cette démarche.

M.Orphelin, s’inspirant de Negawatt, propose une diminution de la consommation d’électricité qui devrait passer de 550 TWh/an en 2010 à 420 TWh par an en 2025. En appliquant le critère d’une part du nucléaire ramenée à 50% ainsi que le propose François Hollande, il arrive donc à une production nucléaire de 210 TWh , à comparer aux 408 TWh de 2010. Il compare ce chiffre  aux 180 TWh prévus pour 2025 par le scénario Negawatt et conclut que la proposition de François Hollande est bien compatible avec le scénario de sortie du nucléaire.

Pour diminuer la consommation électrique il est tout d’abord prévu que la France n’exportera plus d’électricité. Ceci signe la fin de l’Europe de l’électricité. Au prix du marché (70 €/MWh) notre déficit  commercial accusera un manque à gagner supérieur à 3 G€.

Contrairement à ce que claironne Negawatt, réduire la consommation d’électricité de 520 TWh à 420 TWh  coûtera très cher, car cela demandera des investissements tels que rénovation lourde des bâtiments, renouvellement de l’électroménager, amélioration des procédés etc. Pour induire ces investissements  il faut augmenter le prix de toutes les énergies, et en particulier de l’électricité. Le rapport entre la diminution  relative de la consommation d’électricité et  l’augmentation relative de son prix est appelé l’élasticité de l’électricité par rapport à son prix. On constate que cette élasticité est très faible à court terme (0,1) et faible à moyen terme (0,3). A l’horizon 2025 on peut additionner les deux termes et retenir une élasticité de 0,4[1].  Dans ces conditions, la réduction de près de 20% de la consommation  nécessiterait une augmentation des prix de 50%. Si on tient compte de la diminution de la consommation il reste que la facture globale pour l’électricité. augmenterait de 30%.

Il s’agit ensuite  de « trouver » 210 TWh autres que nucléaires. En 2010 l’hydroélectricité  a fourni  61 TWh. Il est raisonnable de supposer que cette contribution variera peu. Dans l’esprit des Verts et de Negawatt la production d’électricité intermittente, éolienne et solaire, doit être poussée au maximum. Pour simplifier et minimiser les coûts (ceux du solaire PV sont particulièrement élevés) nous supposerons que l’éolien fournira l’essentiel de la contribution des sources intermittentes d’électricité.  La limite de la contribution de l’éolien est déterminée par deux facteurs :

  • la puissance maximale de l’éolien compatible avec la stabilité du réseau. Pour le nucléaire, et compte tenu des contraintes à observer pour faire varier rapidement la puissance fournie par les réacteurs, la puissance maximum à prendre en considération est la moitié de la puissance du parc. Par contre, pour les installations hydroélectriques et fossiles on peut admettre une puissance éolienne égale à celle du parc.
  • Le facteur de charge de l’éolien est supposé égal  à  0,24  (équivalent à 2100 heures de fonctionnement à pleine puissance)

 

Ces deux conditions conduisent à une estimation de la production éolienne égale à 0,24 fois la production autre que nucléaire additionnée à 0,12 fois la production nucléaire[2]. Le Tableau 1

donne ainsi la répartition des productions dans le scénario « Orphelin »

 

 

 

 

 

 

Nucléaire

Thermique

Hydraulique

Eolien+Solaire

Total

Production TWh

210

88,6

61,1

60,3

420

Proportion %

50

21

14,5

14,3

100

 

Tableau 1 : mix électrique en 2025 obtenu à partir des propositions de M.Orphelin

 

La production thermique fossile  de 88,6 TWh est en augmentation de 46,9 TWh par rapport à 2010. Ceci correspond à une augmentation annuelle des émissions de  12,7 Mtonnes de CO2   et à une consommation supplémentaire de  6 Mtep (70 TWh primaire)  de gaz. L’importation du gaz se traduira par un coût annuel de l’ordre de 1,2 G€ pour un prix du gaz de 5 €/MBTU mais qui risque d’augmenter sérieusement si l’Europe sort du nucléaire, tandis que la production de CO2, dans le cas d’une taxe de 100 $/tonne (revendiquée par les Verts) se traduirait par une taxe de 1 G€ dont la destination n’est, d’ailleurs,  pas bien définie.

A ce stade on voit que la proposition de M.Orphelin se traduirait par une détérioration de notre balance commerciale supérieure à 4 G€/an. Mais, quand on aime, on ne compte pas…..

Les conséquences financières de l’application d’un scénario à la « Orphelin » ne s’arrêtent pas là. Le passage de 410 TWh à 210 TWh se traduirait par une perte de revenu de l’opérateur EDF :  si on suppose un prix du marché de 70 €/MWh, et un prix de revient de kWh nucléaire de 15 €/MWH (combustible + frais de fonctionnement fixes) la perte se montera à environ 11 G€/an. Qui paiera ? A cela s’ajoutera le financement de l’éolien  pris en charge par la CSPE,  pour un montant d’environ 12 €/kWh, soit, pour 60 TWh,  720 M€/an, à payer par les consommateurs.

 

La démarche de M.Orphelin a le grand mérite de concrétiser  une démarche clairement orientée vers une sortie du nucléaire avec ses conséquences : augmentation des émissions de CO2, creusement du déficit commercial, perte de recettes fiscales, mise en danger d’une de nos plus grandes entreprises, publique de surcroît, EDF, et diminution considérable de la consommation d’électricité accompagnée d’une augmentation tout aussi considérable de la facture que devront payer les consommateurs. Voici les sacrifices auxquels se plaisent les adeptes de la religion antinucléaire. 

 

Au-delà de la simple arithmétique exposée ci-dessus, il est clair que l’échec de la politique de réduction de la demande d’électricité, proposée par « Europe Ecologie les Verte », ne pourrait se traduire que par un appel accru au gaz naturel, avec les risques géopolitiques majeurs pour son approvisionnement et ses graves conséquences en matière climatique. Sauvons le Climat ne peut que s’élever vigoureusement contre une politique qui comporte de tels risques. 



[1] Valeurs retenues dans le scénario POLES de P.Criqui et al. Rappelons que l’élasticité au prix de l’électricité est égale au rapport entre le pourcentage de décroissance de la consommation et le pourcentage d’augmentation du prix. Ainsi une élasticité de 0 ,1 signifie que la consommation d’électricité diminue de 1% pour une augmentation du prix de 10%

[2] On peut comprendre facilement le facteur 0,24 dans le cas où le parc électrique est constitué uniquement d’éoliennes et de centrales à gaz à cycle combiné (CCG) qui sont capables de compenser rapidement les variations de puissance du parc éolien. Il est inutile que la puissance de  ce dernier excède la puissance du parc de CCG puisque, si c’est le cas il serait nécessaire d’effacer sa puissance excédentaire ; sa puissance maximum   est donc  supposée égale à celle du parc de CCG. Dans ces conditions, puisque le facteur de charge de l’éolien est de 24% on voit que la production du parc éolien ne dépasserait pas 24% de la consommation totale, les 76 autres % étant fournis pas les CCG.  Si on remplace ces dernières par des centrales nucléaires, celles-ci étant moins souples que les CCG  ne pourraient faire face à des fluctuations du parc éolien qui dépasseraient la moitié environ de leur puissance, d’où un parc éolien ne pouvant fournir plus de 12% de la consommation totale.

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