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La baisse du prix du pétrole : une occasion perdue ?

  • Publié le 8 décembre 2008
SLC
  • Changement climatique
  • Electricité
  • Combustibles fossiles

 

 

La baisse du prix du pétrole : une occasion perdue ?


Faut-il se réjouir de la baisse de prix du pétrole ?

Après avoir atteint des sommets au niveau de 150 dollars par baril ($/bl), le pétrole se retrouve aux environs de 40 $/bl (190 €/tonne). Cette chute est due à un changement de comportement des consommateurs induit par les très hauts niveaux de prix observés pendant le premier semestre(1), à la crise financière ôtant tout intérêt à la spéculation et à la crise économique qui  pèse sur la demande.  Nombreuses sont les voix qui s’en réjouissent, avec un zeste de mauvaise conscience il est vrai : cette baisse est un coup de pouce bien utile à l’économie en temps de crise; peut être permettra-t-elle de ralentir la dégringolade de l’industrie automobile. Et puis ce retour à des prix plus raisonnables du pétrole ne démontre-t-il pas que ceux qui affirmaient  que sa hausse était due à l’épuisement des réserves (effet du Peak Oil) se trompaient ?  En fait, elle était due fondamentalement à un déséquilibre de l’offre et de la demande, la demande augmentant du fait de la croissance de la Chine et de l’Inde, l’offre ne suivant pas faute d’investissement dans les forages et dans les raffineries. La reprise des investissements devrait donc permettre de maintenir les prix du pétrole à des niveaux raisonnables même en cas de fin de la crise. Et nous pourrions ainsi garder nos habitudes de consommation pour une période indéterminée.


Il s’agit là d’une dangereuse illusion :

En effet, dans son rapport de 2008, l’Agence Internationale de l’Energie, contrairement à ses précédentes prévisions beaucoup plus optimistes,  estime que la production de pétrole « conventionnel » ne devrait pas dépasser 4,6 milliards de tonnes/an, alors qu’en 2006 elle a déjà atteint 4,1 milliards de tonnes/an. Il est donc très probable que les cours du pétrole reprendront  leur hausse après la crise. Autant nous y préparer progressivement dès maintenant.

Certes, à partir d’un prix du pétrole proche de 100 $/bl on peut envisager de transformer, de façon rentable, le charbon en combustible liquide, mais au prix d’une augmentation importante (près d’un doublement) des émissions de CO2.

Or, pour limiter les conséquences du changement climatique, il est impératif de diminuer nos émissions de CO2. Elles  continuent pourtant allègrement à augmenter puisque , en 2006, pour le monde entier, elles atteignaient 28 milliards de tonnes contre 27,1 en 2005, soit une augmentation de 3%.

                   Une taxe Carbone serait dans l’esprit du Grenelle de l’Environnement.

Dans l’esprit du Grenelle de l’Environnement il eut été logique de limiter la chute des prix du pétrole TTC car les mesures de soutien aux économies d’énergies coûteront d’autant plus cher que le prix du pétrole sera faible(2) . Une taxe Carbone(3) portant le prix du pétrole , taxe comprise, à l’équivalent de 480 €/tonne rendrait rentables des mesures telles que  l’isolation des logements(4), l’utilisation des pompes à chaleur sol-eau, l’utilisation du bois de chauffe, et le chauffage solaire. Au cours actuel de  190  €/tonne il faudra les subventionner d’une façon ou d’une autre. Les modalités d’établissement de la taxe Carbone devraient être définies rapidement, en tout cas avant la fin de la mise en œuvre législative du Grenelle de l’Environnement. « Sauvons le Climat » suggère de saisir d’urgence la Commission Nationale du Débat Public de ce sujet.

L’affichage d’un prix minimum du pétrole de 480 €/tonne, taxe carbone incluse, amènerait tous les acteurs à modifier leurs décisions d’investissement en conséquence. Une partie des sommes produites par la taxe devrait être redistribuée aux catégories professionnelles et sociales lourdement dépendantes de l’usage du pétrole, afin de leur donner du temps pour procéder  aux adaptations nécessaires.

                   La France refuse la taxe Carbone mais  elle taxe l’électricité non productrice de CO2 !

Si, jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas retenu le principe d’une taxe Carbone, il soutient toujours le développement de l’électricité renouvelable grâce , entre autres dispositions, à l’obligation d’achat par EDF, partiellement compensée par  la Contribution au Service Public de l'Électricité (CSPE),payée par tous les consommateurs d’électricité(5). Ainsi, l’ADEME a récemment estimé qu’en 2020 la part de la CSPE correspondant au soutien à l’éolien et au solaire photovoltaïque atteindrait 2135 Millions d’€ (6).

90% de notre électricité est produite sans émission de CO2 (nucléaire+hydraulique+ renouvelables).  Est-il normal et raisonnable qu’elle soit taxée lourdement pour favoriser le développement d’une électricité renouvelable qui n’aura que peu d’influence sur nos émissions, alors que nous ne taxons pas le Carbone ? Nous marchons sur la tête ! Si l'on tient absolument à soutenir financièrement le développement de l'éolien et du solaire photovoltaïque il faut le faire par une taxe carbone et non par une taxe sur l'électricité.

 

(1) Par exemple, 10% de baisse de la consommation d’essence en France entre juin 2007 et juin 2008 et succès considérable du bonus-malus automobile.

(2)En effet le niveau nécessaire du soutien aux opérations d’économies d’énergie sera d’autant plus élevé que les gains financiers liés à la diminution de la consommation de fioul ou de gaz seront faibles.

(3) Plusieurs modalités de perception de cette taxe sont possibles. A titre d’exemple, on pourrait prélever une taxe à l’importation sur le pétrole, sur le gaz et sur le charbon. Supposons que le pétrole soit importé au prix de 240 €/tonne et qu’on désire que son prix à la consommation soit de 480 €/tonne, la taxe sera donc fixée à 240 €/tonne (soit environ 280 €/tonne de carbone). Si le prix du pétrole monte à 340 €/tonne (71 $/bl), la taxe sera réduite à 140 €/tonne. Enfin si le prix du pétrole en vient à excéder 480 €/tonne, la taxe sera supprimée. Dans le cas d’une taxe sur le pétrole  de 240 €/tonne, celle sur le charbon atteindrait 280 €/tonne et celle sur le gaz 210 €/tonne.

(4)Passage de 200 à 100 kWh/m2/an.

(5)Cette contribution avait été créée pour permettre l’établissement d’un tarif social de l’électricité pour les familles en difficulté et pour assurer une péréquation tarifaire géographique. Sa mission initiale a été détournée pour en faire un moyen de subventionner la co-génération d’électricité et la production d’électricité par les énergies renouvelables. «Sauvons le Climat» considère que la différence entre les deux fonctions devrait être clairement soulignée en créant une contribution séparée destinée au soutien des énergies renouvelables.

(6) L’ADEME utilise systématiquement  des hypothèses minorant ce coût. Sur la base des tarifs actuels l’obligation d'achat du photovoltaïque conduit à lui seul, à partir de 2020, à un surcoût de 2,45 G€/an, plus de 2 G€/an (mais imputé seulement à hauteur de 59 millions d’euros grâce aux manipulations du tarif de référence) pour l’éolien terrestre, surcoûts que les consommateurs paieront, eux, sous forme d’une augmentation des tarifs de l’électricité.

 

 

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