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Australie : La guerre climatique a-t-elle commencé ?

  • Publié le 26 janvier 2020
Hervé NIFENECKER
  • Changement climatique
  • Développement durable
  • CO2 et GES

Australie : La guerre climatique a-t-elle commencé ?

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L'Australie brûle, mais on ne sait toujours pas comment arrêter l'incendie.

Seule la pluie, dans un pays pourtant de très haute technologie semble susceptible de mettre fin à la catastrophe. Il est temps de décréter la mobilisation générale.

 

Par Hervé Nifenecker, Président fondateur de « Sauvons Le Climat »

Publié le 15 janvier 2020 dans « Le Cercle » des Échos  

 

Nous assistons, médusés, à l'incendie d'un continent, l'Australie. Depuis le mois d'août, près de 10 millions d'hectares (100 000 km2) de forêt (sur un total de 150 millions) sont partis en fumée, avec, en plus, l'émission de près d'un milliard de tonnes de CO2.

Les Australiens sont habitués aux feux de brousse et de forêt pendant la saison sèche (les mois de novembre à mars). Pour limiter leur ampleur, ils procèdent à des feux de prévention pendant la saison humide. Cette stratégie n'a pas fonctionné cette année, caractérisée par une sécheresse à la fois anormalement longue et particulièrement sévère et des températures record.

Les climatologues reconnaissent là les effets du réchauffement climatique. 

Contrôler les feux grâce aux bombardiers d'eau

Une fois un grand feu installé, il devient très difficile de le contrôler même à l'aide de bombardiers d'eau. La méthode de contrôle la plus efficace est de ne pas attendre qu'un feu se développe avant de le noyer. Pour des raisons financières, la plupart des bombardiers d'eau utilisés en Australie sont loués aux USA ou au Canada.

Pour 2019, les Australiens avaient loué 7 hélicoptères et 9 gros bombardiers d'eau (pour un coût d'environ 40 millions de dollars). Mais les saisons des feux des deux hémisphères ayant tendance à se recouvrir, du fait de leur allongement dans le temps, ils n'en ont reçu que la moitié à temps pour contrôler les grands feux de Nouvelles Galles du Sud et du Queensland.

Un coût considérable

Le gouvernement australien envisage de débloquer un fonds d'urgence de 1,4 milliard de dollars US pour faire face aux besoins des sinistrés. John Quiggin de CNN Business estime que le coût des incendies atteindra 70 milliards de dollars US. 

Un investissement rentable

Que serait-il arrivé si la totalité de la commande était arrivée ? Les pompiers australiens estiment qu'il manquait un équipement évalué à 15 millions de dollars par an pour contrôler les deux grands feux ci-dessus. On aurait sans doute pu diviser par deux les coûts de la catastrophe et les émissions de CO2.

Un problème mondial

Même s'il est le plus important, l'incendie australien a été précédé par de grands feux, difficilement maîtrisables (3 millions d'hectares en été 2019 en Sibérie) en Amazonie, en Californie, au Canada, en Grèce, au Portugal. Le pourtour méditerranéen est menacé aussi bien qu'une bonne partie de l'Afrique.

Pour un programme mondial de contrôle des feux de brousse et de forêt

Les grands feux de forêt qui se multiplient sont une conséquence particulièrement préoccupante du réchauffement climatique, car, par leurs émissions massives de CO2, ils renforcent les conditions qui les ont créés. La seule façon efficace de lutter contre ce processus auto-entretenu est de l'interrompre aussi tôt que possible. Dans une première étape, il y a lieu de définir les régions à risques alliant réchauffement et sécheresse. Ces régions à risque doivent faire l'objet d'une surveillance permanente par voie satellitaire ou observation terrestre. Tout début de feu doit donner lieu à intervention immédiate avec les moyens les plus efficaces comme les bombardiers d'eau. Un réseau mondial de tels bombardiers prépositionnés prêts à intervenir (avec le plein d'eau ?) pourrait être mis en place de telle manière que tout nouveau foyer puisse être noyé rapidement, (en moins d'une heure, par exemple). On peut estimer le besoin en bombardiers d'eau à quelques milliers, représentant un budget annuel de quelques milliards d'euros. La gestion de cette armada anti-feux devrait être confiée à l'ONU, par exemple dans le cadre de l'UNEP (United Nation Environment Programme). Pour le financement, on peut rêver d'une taxe à l'extraction de charbon …

La France, avec ses départements d'outre-mer, pourrait abriter plusieurs centres de lutte aérienne contre les grands feux.

Remerciements

L’auteur remercie Jean-Marie Seiler, Yves Bréchet et Benjamin Heard pour les données fournies.

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