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La stratégie bas carbone de la Suède

  • Publié le 29 mai 2018
Jean Fluchère
  • Electricité
  • Développement durable
  • Bâtiment
  • Transports
  • Point de vue

La France prend toujours en exemple le modèle allemand qui est en réalité un échec patent que même France Stratégie reconnaît.

En revanche, nous avons un exemple de réussite remarquable de stratégie bas carbone avec la Suède et ses 10 millions d’habitants

Dès 1991, la Suède s’est engagée dans ce que l’on nomme aujourd’hui une stratégie bas carbone.

Entre 1990 et 2013, ce pays qui était déjà un des pays les moins émetteurs de gaz carbonique par habitant a réussi à réduire ses émissions de 22 %.

La France qui s’est engagée à réduire ses émissions de gaz carbonique de 40 % entre 1990 et 2030 et de 75 % entre 1990 et 2050 doit s’intéresser à la politique énergétique Suédoise.

En premier lieu, la stabilité de la demande d’électricité depuis 1987, malgré une hausse de la population et une plus grande utilisation en matière de chauffage, s’explique par la décision prise par le gouvernement Suédois à la suite des chocs pétroliers de la décennie 1970-1980, de lancer la construction d’un million de logements avec isolation thermique renforcée, c’est-à-dire de renouveler plus de 10 % de l’habitat existant. La démarche engagée a été rationnelle en commençant par le remplacement des logements les plus énergivores et la rénovation énergétique des autres.

Resituons la Suède en matière énergétique, elle a un fort potentiel d’énergie hydraulique et de biomasse y compris son bois énergie. Les forêts suédoises couvrent 54 % de la superficie du pays et représentent 19 % des forêts de l'UE. La Suède est le deuxième plus important exportateur mondial de papier, pâte à papier et bois (après le Canada). L'industrie forestière créée aussi de nombreux déchets valorisables à des fins énergétiques.

La Suède a diminué sa consommation de pétrole de moitié en 40 ans : 16,0 Mtep de produits pétroliers consommés en 2011 contre 31,3 Mtep en 1970, c’est-à-dire avant les chocs pétroliers.

Elle a décidé de conserver son électronucléaire à hauteur de 10 GW.

Sa population est très urbanisée ce qui permet d’utiliser plus facilement les énergies renouvelables thermiques dans des réseaux de chaleur.

Grâce sa politique énergétique bien structurée, la Suède a réussi à n’avoir plus que 30 % de combustibles fossiles dans sa consommation finale d’énergie en 2013, (contre 65 % en France) et elle a augmenté son PIB de 60 % entre 1990 et 2013 tout en réduisant ses émissions de CO2 de 22 %

La stratégie bas carbone de la Suède repose sur 4 points essentiels.

1 - Une production d’électricité décarbonée

Production électrique reposant sur un bouquet hydraulique et nucléaire qui assure 85 % de sa production. Le reste de sa production d’électricité repose sur la biomasse pour 6 %, les éoliennes pour 7 % et 3 % de fossiles en secours pour faire face aux fluctuations climatiques importantes dans ce pays. A noter que l’électronucléaire fonctionne en base. La complémentarité avec les éoliennes est assurée par les éclusées de l’hydro-électricité.

S’agissant du nucléaire, la Suède, qui avait voté par le referendum de 1978 un plan de sortie du nucléaire sur 30 ans, est revenue sur cette décision en 2009. Elle a décidé de conserver un parc de 10 GW de nucléaire au maximum avec la possibilité d’augmenter leur puissance électrique (ce qu’elle a fait) et leur remplacement à la fin de leur exploitation par des réacteurs plus performants. Un nouveau réacteur ne rentrera en service que lors de l’arrêt définitif d’un en fin d’exploitation.

Récemment, le gouvernement Suédois a décidé d’autoriser Ringhals 1 et 2, qui ont démarré en 1975 et 1976, à poursuivre leur exploitation jusqu’à 50 ans et 60 ans pour Ringhals 3 et 4, ainsi que Forsmark 1 à 3. Ceci moyennant des travaux de mise au meilleur niveau de sûreté.

À noter que 4 tranches sur les 7 sont des centrales à eau bouillante, type Fukushima mais ayant intégré les modifications faites sur les réacteurs à eau sous pression contrairement à Fukushima.

Grâce à cette électricité décarbonée, elle a pu faire des transferts d’usage et réduire sa consommation de combustibles fossiles.

2. Des transferts d’usages très importants.

La Suède a particulièrement ciblé les remplacements de combustibles fossiles. L’industrie Suédoise, qui représente encore près de 50 % du PIB, consomme une énergie composée à 78 % d’électricité décarbonée et d’EnR thermiques sous forme de chaleur.

Le résidentiel et du tertiaire utilisent les EnR thermiques et l’électricité à 91 % pour leur chauffage. Le fioul et surtout le gaz ont été sensiblement réduits grâce à une modification profonde des systèmes de chauffage qui se partagent entre électricité classique, pompes à chaleur (Les Suédois ont acquis près de 100 000 pompes à chaleur par an pendant de nombreuses années (PAC géothermiques et air-air) et réseaux de chaleur urbain de cogénération par utilisation de la biomasse.

Ceci a conduit à faire des Suédois les premiers consommateurs d’électricité de l’UE avec près de 14 MWh par habitant et par an contre 7 MWh pour un français. En contrepartie, la consommation de combustibles fossiles est beaucoup plus réduite.

3. Une politique énergétique cohérente.

Économie d’énergie d’abord par construction de logements mieux isolés et rénovation énergétique du parc de bâtiments.

Le développement des technologies décarbonées repose sur une politique fiscale adaptée et des dispositifs de financement efficaces.

Le Gouvernement Suédois s’est fixé un objectif de baisse de 40 % de ses émissions de CO2 d’ici 2020 et de 100 %d’ici 2050.

Il n’a pas adopté le système de marché des permis d’émissions de l’UE qui, de l’avis unanime, ne fonctionne pas avec une tonne de CO2 à 7 €/tonne. Mais dès 1991, il a institué une taxation progressive de la tonne de CO2, qui est actuellement supérieure à 120 €/tonne, supportée surtout par les particuliers pour ne pas exposer les entreprises à la concurrence internationale.

Cette taxe carbone est complétée par une taxe sur l’énergie qui exclut l’électricité.

En contrepartie, les recettes liées à ces deux taxes permettent des déductions de charges pour les entreprises et les économies d’énergie sont soutenues par des subventions au plan national et local.

4. Les transports.

Le domaine des transports demeure le secteur le plus émetteur de GES en Suède (Il est le 2ème en France). Il absorbe près de 80 % de la consommation finale de produits pétroliers.

L’agence nationale Suédoise de l’Energie en fait maintenant son objectif de recherche prioritaire. L’atteinte de son objectif de 100 % de réduction de CO2 en 2050 passe désormais par ce secteur.

L’exemple de la mobilité électrique très développée chez le voisin Norvégien va sûrement être repris en Suède.

Conclusion.

Ne nous trompons pas de modèle. La transition énergétique Allemande est un échec. Tandis que la transition énergétique Suédoise est un remarquable succès.

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