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L'obligation d'achat joue-t-elle contre les filières renouvelables nationales ?

  • Publié le 14 juillet 2009
SLC
  • Electricité
  • Energie dans les transports
  • Eolien et solaire

L'obligation d'achat joue-t-elle contre les filières renouvelables nationales ?

Du fait des effets d'échelle et d'« apprentissage » industriel, on aurait pu s'attendre à une baisse continue et prononcée du coût d'investissement de l'électricité d'origine éolienne ramené à la puissance dont elle est capable (l'investissement unitaire, Iu exprimé en €/kW installé). Or, au terme d'une enquête1 appuyée sur un échantillon d'une cinquantaine de projets, français ou étrangers, on observe le contraire : après une décroissance régulière depuis le début des années 90, le coût moyen d'investissement de l'éolien est passé de 850 €/kW en 2001 à plus de 1600 €/kW aujourd'hui, soit une hausse moyenne d'environ 7,5 % par an.

Par ailleurs, alors que la filière devient techniquement mature (quelque 100 000 éoliennes sont en service dans le monde) et que, en bonne logique, ses prix auraient dû fortement chuter puisque l'amortissement des investissements représente environ les trois-quarts du prix de revient (en €/kWh), c'est alors qu'on constate l'augmentation de cet investissement unitaire. La parfaite coïncidence entre les augmentations constatées et les étapes de mise en place d'un généreux système d'obligation d'achat ne peut donc être esquivée au-delà des hausses des cours de l'acier, du cuivre, etc. et des fluctuations du baril de pétrole.

Il s'agit là d'un constat qui conforte les réserves émises par « Sauvons le Climat » sur le niveau des tarifs octroyés dans le cadre du système d'obligation d'achat. Au niveau ou ils se trouvent, ces tarifs créent un effet d'aubaine, générateur de profits excessifs pour les constructeurs2 et promoteurs, d'autant moins justifiés, qu'ils sont, en France, sans réelle retombée pour l'emploi, ni pour les émissions de gaz à effet de serre.

On ne peut que constater que la politique de soutien massif à l'éolien, initiée en France en 2001 et renforcée en 20063, ne semble pas avoir rapproché cette filière de la compétitivité et a échoué dans son objectif de structuration d'une véritable industrie française du secteur. Il est à craindre que le « cercle vertueux », auquel se référaient les écologistes pour en appeler au soutien de cette énergie, se mue en cercle vicieux : n'a-t-on pas vu nos voisins allemands, en proie au doute, revaloriser de près de 30% leurs tarifs d'achat de l'éolien terrestre, à effet du 1er janvier 2009 ?

Les mêmes causes pouvant conduire aux mêmes effets, il convient de s'interroger sur l'adéquation du niveau des tarifs d'achat appliqués au photovoltaïque, parmi les plus élevés au monde4. Prenons garde aux conséquences de ces « libéralités » : si les objectifs fixés par le Grenelle, pour les seuls secteurs de l'éolien et du photovoltaïque étaient atteints dans le contexte tarifaire actuel, ce serait une hausse d'environ 50% de leur facture annuelle que les consommateurs auraient à subir5. Cette hausse sera d'autant plus importante que d'autres facteurs, notamment les quotas carbone, vont aussi contribuer à relever les prix de l'électricité, sans parler des effets de la déréglementation ...

Nul doute que les généreux tarifs d'obligation d'achat actuels ne pourront être longtemps maintenus (les Danois pour l'éolien, les Espagnols pour le solaire, ont déjà dû en revenir !). Si, contre toute logique, ils devaient l'être, nous assisterions, tôt ou tard, dans les secteurs concernés à ce qui risquerait fort de s'apparenter à l'explosion d'une bulle spéculative, avec toutes ses conséquences.

Il serait sain que le législateur fasse en sorte qu'une plus grande proportion des capitaux susceptibles d'être investis dans les solutions énergétiques « bas carbone » le soit en tenant compte de critères objectifs de rentabilité pour la collectivité dans son ensemble. Il est également impératif que davantage de capitaux soient dirigés vers la recherche, non seulement en matière de photovoltaïque, mais aussi de stockage des productions électriques intermittentes (comme le solaire et, plus encore, l'éolien dont l'imprévisibilité est le handicap majeur).

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