ADEME : un scénario énergétique peu crédible

Les énergies renouvelables : quel potentiel d’ici 2025/2030 ?

 

L’ADEME a diffusé le 8 novembre 2012 une synthèse de son scénario « Contribution de l’ADEME à l’élaboration de visions énergétiques 2030/2050 », sans mettre à la disposition du public l’étude intégrale. Sauvons le climat (SLC) a analysé ce scénario dans son ensemble (voir le document), complétant ainsi l’examen détaillé, déjà publié sur le site de SLC[1], du mix électrique proposé par l’ADEME.

La surprise vient de ce qu’un service de l’état présente un scénario, qui est presque une copie d’un scénario antérieur reconnu comme résolument antinucléaire, le scénario Negawatt, et qui vise à une décroissance volontariste de la consommation d’énergie et particulièrement de celle d’électricité, et à un quasi abandon du nucléaire en 2050 (mais sans le dire !). Il est de plus très anormal que l’ADEME ne présente aucune donnée sur les conséquences sociales et économiques de sa stratégie. L’évolution des consommations de 260 à 107 Mtep en énergie primaire et de 161 à 79,8 Mtep en énergie finale en 37 ans semble inaccessible techniquement mais également financièrement car il faudrait mobiliser de 500 à 1000 milliards d’investissements en première approximation.

Sauvons le climat s’inquiète d’un scénario qui n’a pas été chiffré, qui sous évalue les difficultés, mais surtout qui lui semble irréaliste pour de nombreuses raisons :

-          Le secteur de l’énergie est caractérisé par une inertie forte qui rend très improbables les évolutions retenues, qu’il s’agisse des économies d’énergies, du développement des énergies renouvelables, de l’évolution de la consommation d’électricité, ou de l’abandon sous-jacent du nucléaire dans notre pays.

-          Une priorité à l’investissement est donnée aux énergies électriques renouvelables intermittentes, peu efficaces et prévisibles, alors même que le secteur électrique français est très peu émetteur de gaz à effet de serre, très peu consommateur de combustibles fossiles et contribue positivement à l’équilibre de notre balance commerciale. Cet investissement considérable est proposé de plus en sous estimant notoirement la difficulté de gestion de l’intermittence ainsi que l’importance du recours au gaz en secours.

-          Les ambitions sur les secteurs très émetteurs de gaz à effet de serre sont limitées, qu’il s’agisse du transport (pas de recours ambitieux aux véhicules électriques), ou du bâtiment, qui continue à privilégier la combustion du gaz[2].

-          Les solutions pour économiser l’énergie, louables dans leur esprit, apparaissent comme un catalogue des possibilités sans souci de leur rentabilité. Or une étude bien documentée de l’Union Française de l’Electricité montre clairement que les pistes envisagées sont pour certaines très éloignées d’un intérêt économique raisonnable.

-          Parmi les solutions préconisées certaines se traduiront par des importations massives d’équipements (c’est déjà le cas pour le solaire et l’éolien).

-           Les limites de l’appel aux ressources naturelles de la biomasse seront rapidement atteintes alors même que l’ADEME, déjà très ambitieuse pour 2030, semble croire en la généralisation de leur usage à l’horizon 2050. L’examen des scénarios allemands montre clairement qu’un objectif aussi ambitieux, soit 87% d’énergie finale renouvelable en 2050, ne sera possible que par un recours à des importations massives, qu’il s’agisse de biomasse, d’électricité ou de gaz.

Sauvons le climat estime que des solutions plus réalistes existent, plus favorable à l’emploi en France, permettant un meilleur équilibre de notre balance commerciale et un meilleur usage des points forts de notre industrie. Un scénario privilégiant dogmatiquement la réduction de la part de l’électricité dans notre mix énergétique et rendant le pays plus dépendant des importations de gaz ne lui semble pas pertinent. Le scénario Negatep[3], visant au respect de l’objectif de facteur 4 (réduction d’un facteur 4 des émissions de gaz à effet de serre), à des conditions économiques raisonnables en privilégiant l’usage de l’électricité, démontre qu’une autre voie est possible.



[1] Voir une étude détaillée de « Sauvons le climat » du scenario ADEME dans le secteur électrique: http://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/etudes/121227_SLC_scenario.pdf

[2] C’est en raison d’une règle technique de la construction, la RT 2012, soutenue par l’ADEME, mais critiquée par l’Office Parlementaire des Choix Scientifiques et Technologiques et l’Académie des Sciences. Elle privilégie volontairement le chauffage au gaz.

Informations supplémentaires