Treize et deux contes de fées sur le tournant énergétique allemand

 

Treize et Deux Contes de fées sur le Tournant Energétique

Dr.-Ing. Günter Keil

 

Note introductive :

Comme l’indique le titre, et comme ne le dément pas le contenu, l’auteur a construit et rédigé ce texte de façon polémique. Dans cette traduction, nous nous sommes attachés à reproduire ce caractère polémique sans le réduire, ni bien sûr l’accroître.

Pour autant, au-delà du plaisir de la lecture d’un texte visiblement motivé par une indignation sincère [1], il nous a semblé intéressant que cette traduction (accompagnée d’un lien vers l’original allemand) soit diffusée sur notre site, pour au moins deux raisons :

-          Tout d’abord, elle apporte un démenti à l’impression, rapportée par les médias français, d’une société allemande unanime pour soutenir une politique énergétique qui s’engage de façon déterminée dans l’abandon du nucléaire, le déploiement massif et prioritaire des énergies renouvelables et une augmentation de la production d’électricité par recours aux énergies fossiles (gaz russe et charbon) . Nous avons jugé utile de montrer que, dans le milieu des scientifiques et des ingénieurs allemands, milieu en général mieux informé sur la problématique énergétique que la moyenne des citoyens, s’élevaient des voix discordantes pointant les incohérences et les risques d’une politique nationale dont les motivations leur apparaissent plus politiquement (idéologiquement ?) que technologiquement fondées.

-          D’autre part, ce texte contient tout un ensemble de données chiffrées sur l’Allemagne qui ne nous est pas aisément accessible. En particulier, il fournit d’intéressants éléments de comparaison avec ceux de la France qui sont eux plus couramment présentés et discutés sur notre site.

Certes, on regrettera qu’un certain nombre d’informations ne soient pas accompagnées d’une référence sur leur origine, limitant ainsi la capacité de critique comme d’approfondissement. Les instances pour lesquelles une indication sur les sources nous aurait semblé désirable sont mentionnées par des notes en bas de page. Néanmoins, tel quel, ce texte nous semble constituer une introduction intéressante à la problématique énergétique allemande mal connue de beaucoup de français, problématique dont la résolution heureuse sera cruciale autant pour ce pays que pour le nôtre.

N.B. Dans cette traduction, toutes les notes sont le fait du traducteur.

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Notice biographique :

Après des études d'ingénieur et un doctorat en électrotechnique, Günter Keil a travaillé à l'université technique de Munich dans le domaine technologique des semi-conducteurs et de la dosimétrie des rayonnements.

De 1972 à sa retraite en  2002 il était au ministère de la recherche et de la technologie à Bonn dans les soutiens aux projets dans les domaines très variés allant de l'énergie non nucléaire aux recherches sur les forêts allemandes et tropicales et à des problèmes environnementaux en collaboration avec la Chine.

Il est  maintenant porte-parole et exerce une activité journalistique au sein de l'AGEU, un groupe indépendant de 13 ingénieurs, physiciens et journalistes de la région de Bonn, qui veulent apporter les informations manquantes et rectifier les fausses informations concernant l'environnement et l'énergie.

Grand partisan de l'énergie nucléaire, il attend beaucoup de la génération IV et espère que la France poursuivra sa politique nucléaire.


Treize et Deux Contes de Fée sur le Tournant Energétique

Dr.-Ing. Günter Keil

traduit en français par Sauvons Le Climat.

l’original peut être trouvé sur le site

http://www.eike-klima-energie.eu/uploads/media/Dreizehn_und_zwei_Energiewendemaerchen_3gendg.pdf

 

En Allemagne a lieu actuellement une expérimentation sociale qui aura des conséquences considérables. Pendant plusieurs années, le public a été systématiquement informé par les médias  d'une manière partiale et factuellement fausse au sujet du problème de l'énergie - donc désinformé - ce qui a conduit à des représentations irréalistes sur les chances, les coûts, les dangers et les conséquences des techniques énergétiques. Cette évolution profite aux partis politiques qui l’ont fortement soutenu, tout en  répandant  la peur à des fins  politiques, avec un succès inquiétant.

Déjà, avant l'accident de Fukushima, le gouvernement a capitulé devant les médias - le concept énergétique de l'automne2010 en est la démonstration. La vague de peur extrême que les médias allemands, les seuls au monde, ont fabriquée à partir de la catastrophe de Fukushima a projeté le gouvernement allemand dans un activisme démesuré qui a ruiné, par ses contradictions, les restes d'une politique de l'énergie.

On ne trouve pas trace d'une action réfléchie et responsable. L'étranger considère l'Allemagne avec stupéfaction. On rapporte du sommet du G8 que les autres pays industrialisés considèrent l'évolution en Allemagne comme une expérience étrange et risquée qui pourrait se terminer en désastre économique.

Le 28 Septembre 2010, le gouvernement fédéral  a présenté son concept énergétique (programme énergétique) pour un « approvisionnement énergétique respectueux de l’environnement, fiable et économiquement fondé ».

Parmi les dispositions les plus importantes on trouve :

-          La réduction à terme  des émissions de gaz à effet de serre de 80% à 95% par rapport aux valeurs de l’année 1990 avec une réduction de 40% pour l’année 2020.

-          Le déploiement d’énergie renouvelable à la hauteur de 60% de la consommation d’énergie finale, de 80% de l’électricité. Pour 2020 les objectifs correspondants sont de 18% et 35% respectivement.

-          Une diminution de 50% de la consommation d’énergie primaire par rapport à l’année 2008 à l’horizon 2050 (pour 2020 une réduction de 20%). En Allemagne selon le document, devrait exister « un potentiel supplémentaire tout à fait considérable pour des économies d’énergie et d’électricité ».

-          « Les durées de fonctionnement des centrales nucléaires seront en moyenne prolongées de douze ans. »

A elles seules, ces quelques lignes contiennent une énorme concentration d’objectifs exagérés et irréalistes et de plus éphémères; et contiennent en l'espace de quelques semaines un virage à 180° sur l’énergie nucléaire. Déjà la première proposition constitue un exemple remarquable d’embellissement, car comme les chapitres à suivre le montreront, ce concept énergétique, s’il est poursuivi sérieusement va conduire l’Allemagne vers un approvisionnement énergétique qui sera précaire, dispendieux et non respectueux de l’environnement.  Déjà l’entreprendre créerait des dommages économiques importants et c’est une maigre consolation de savoir que la transposition complète de ce concept énergétique est en fait inatteignable car au-delà d'une certaine ampleur des dommages causés – chômage, effondrement des revenus fiscaux, délocalisation de l’industrie, appauvrissement des couches sociales défavorisées – le gouvernement devrait être chassé..

Cinq mois et demi à peine après l’adoption de ce concept énergétique bâti pour une durée s’étendant  jusqu’à 2050 et trois mois après la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires (en vigueur le 14 Décembre 2010) qui était partie intégrante de ce programme,  le gouvernement fédéral a lui-même commencé à le brûler.

Le moratoire nucléaire, la mise à l’arrêt définitif  qui en découle, de plusieurs centrales dont la durée de vie venait juste d’être prolongée et le demi-tour de la politique nucléaire qui a été subitement annoncé ramènent l’Allemagne à l'époque du gaz et du charbon enrichie par des renouvelables payés au prix fort; et maintenant, les brochures sur le climat du BMU [2]  il ne reste qu'à les brûler pour chauffer sa maison.

Tout ceci suggère d’adopter le format de récit que les frères Grimm ont fondé, comme cadre pour un commentaire des contradictions de cette politique énergétique qui, de fait, ne mérite guère cette appellation.

Et pendant qu'on y était, on a incorporé dans ce récit d'autres illusions, manipulations et tromperies politiques qui font partie du débat énergétique allemand depuis des années.

 

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