Les gaz de schistes : rejet justifié ou diabolisation ?
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- Ecrit par SLC
- Publié le Jeudi, 28 Avril 2011 21:49
- Thème parent : Science
- Thème: Prospective
Sauvons Le Climat - 28 avril 2011
L’actualité a projeté dans le domaine des anathèmes et des positions électoralistes un débat souhaitable, sur l’exploration en France de gisements de gaz de schistes.
Sauvons le Climat n’est pas a priori favorable à un tel combustible fossile, émetteur de gaz à effet de serre, dont l’exploitation, en cours aux Etats-Unis, a mis en évidence des répercussions très négatives sur l’environnement. Mais Sauvons le Climat est conscient que les besoins actuels et futurs en énergie conduisent à admettre le recours à toutes les sources d’énergie, dans la mesure où elles s’avèrent efficaces, économiques et maîtrisables quant à leur impact environnemental et sanitaire. Tout en réaffirmant sa priorité pour le développement et l’usage des technologies préservant le climat (énergies renouvelables, énergie nucléaire ),Sauvons le Climat estime nécessaire d’apprécier sans préjugé l’apport potentiel de toute source nouvelle d’énergie.
A la différence des gisements conventionnels dans lesquels le gaz se trouve concentré dans des roches poreuses et perméables, les gaz de schistes se trouvent diffus dans des roches mères argileuses, non poreuses et imperméables. Leur extraction requiert des techniques particulières : puits nombreux et rapprochés avec forages horizontaux, fracturation de la roche par injection d’eau sous pression accompagnée de sables et d’adjuvants chimiques. Les conséquences sur l’environnement et potentiellement sur la santé publique sont de plusieurs ordres : l’emprise au sol (1 à 2 hectares pour une grappe de 15 à 20 forages horizontaux, la nuisance la plus importante se situant pendant la phase de forage), la consommation de ressources en eau (15 000 m3 par puits pour le forage et la fracturation, dont 20 à 30 % sont récupérés et retraités), la pollution par les produits chimiques injectés entraînés par les eaux non récupérées et susceptibles de migrer vers les nappes phréatiques puis vers les circuits de distribution d’eau potable.
Les Etats-Unis offrent aujourd’hui l’expérience la plus significative d’exploitation de gisements de gaz de schistes. Plusieurs raisons l’expliquent : des sites géologiques encourageants, le dynamisme de petits exploitants pétroliers ou gaziers, la disponibilité de techniques adaptées efficaces, une législation favorable… En 2010, la production a atteint 570 milliards de m3, près de 30 % de la production nationale. Simultanément des problèmes environnementaux et des menaces pour la santé publique ont été identifiés, notamment la difficulté de prédire les voies de transit des eaux rejetées y compris jusqu’aux aquifères, sources éventuelles d’eau potable ; des associations se sont créées localement pour la défense de l’environnement voire pour demander l’arrêt de telles exploitations. En avril 2011, un rapport parlementaire a attiré l’attention sur la dangerosité de nombreux produits chimiques utilisés dont certains sont reconnus cancérigènes ; il note que la présence de produits toxiques dans des sources d’eau potable a été mesurée ; il souligne, enfin, le défaut d’information sur la nature de plusieurs produits utilisés classés « propriété industrielle » par l’exploitant ou par son fournisseur. Parallèlement, les lois de protection de l’air et de protection de l’eau potable évoluent pour prendre en compte ces nouvelles pollutions.
En France, des permis d’exploration ont été accordés dans le sud-est du pays. Devant les protestations de plusieurs associations, le gouvernement les a annulés. Un rapport vient d’être remis au gouvernement, proposant de conserver la possibilité d’explorer le potentiel énergétique national en gaz de schistes.
Sauvons le Climat considère indispensable d’en venir à un débat serein, dépassionné et de l’alimenter avec des éléments concrets. Il semble à la fois parfaitement justifié d’estimer les ressources énergétiques qui gisent sous nos pieds et tout aussi nécessaire de le faire dans des conditions préservant au mieux l’environnement et assurant l’absence de dommages sanitaires. L’exploration n’est pas l’exploitation ; peut-on la réaliser avec des technologies moins perturbantes ? Comment déterminer les limitations à imposer aux intervenants sur le site d’une exploration ? On doit répondre à ces questions tout en définissant un processus associant les responsables locaux à la délivrance d’un permis d’exploration.
Au-delà, si les résultats sont positifs, il faudra cerner les contraintes encadrant l’exploitation et susciter l’évolution nécessaire des techniques sur lesquelles elle repose. L’absence de dogmatisme et un dialogue raisonné sont les conditions d’un consensus souhaitable.



