La mort annoncée du premier "smartgrid"
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- Ecrit par SLC
- Publié le Jeudi, 30 Juin 2011 14:25
- Thème parent : Production d’énergie
- Thème: Stockage de l’énergie
La mort annoncée du premier "smartgrid" - 30 juin 2011
EDF a mis en place, il y aura bientôt une cinquantaine d’années, le premier "smartgrid" : les 11 millions de chauffe-eau électriques à accumulation, nos « cumulus », télécommandés à l’aide d’un signal transmis par le réseau de distribution [1], et bénéficiant de la tarification jour/nuit. Ce système lisse les pointes de charge du matin et du soir du système électrique, permet d’utiliser l’électricité produite en base et donc de disposer d’eau chaude domestique à faible contenu de CO2. Il est associé à un tarif incitatif favorable aux clients, qui bénéficient par ailleurs d’un coût de matériel très bas, lié à sa simplicité et à sa grande diffusion. Il est, avant l’heure, un exemple de « smartgrid ». Il est connu et admiré dans le monde entier, il satisfait les clients et le fournisseur… mais il va être tué par les nouvelles réglementations !
Tout d’abord, ce système traverse la frontière du régulé et du dérégulé : le commercialisateur EDF, qui a un client au tarif heures pleines/heures creuses, utilise le distributeur et son réseau pour la mise en œuvre. On imagine aisément la difficulté qu’il y aurait à créer un système intégré de ce type avec la réglementation actuelle ! Ceci illustre une contradiction entre les objectifs européens : d’un côté on sépare commerce et réseau, de l’autre on veut davantage de renouvelables et d’efficacité énergétique, ce qui est facilité par l’intégration commerce et réseau !
Deuxièmement, suite au Grenelle de l’environnement va être mis en place une nouvelle réglementation thermique, la RT2012, qui va de fait empêcher l’installation de nouveaux « cumulus » : elle impose un maximum de 50kWh/m2/an d’énergie primaire hors usages spécifiques (éclairage, informatique,…) dans un nouveau logement. Le calcul montre qu’un cumulus conduit à atteindre, voire dépasser, la limite compte-tenu du coefficient multiplicateur 2,58 imposé à l’électricité [2]. Les solutions techniques électriques de remplacement étant beaucoup plus chères et n’étant pas encore prêtes pour les logements collectifs, la conséquence de cette règle va être de réintroduire des chauffe-eau au gaz dans une grande majorité des constructions neuves (400 000 logements par an), ce qui va généralement augmenter les coûts pour le client et augmenter les émissions de CO2 d’un facteur 5 à 8… ce qui n’est théoriquement pas le but recherché par le « Grenelle » !
Enfin, les règles européennes en matière d’étiquette énergie, s’appuyant également sur la comptabilisation en énergie primaire, risquent de conduire à court terme à l’éviction du ballon électrique, spécificité française, en raison des pertes d’énergie (environ 15 %, dépendant de l’usage). Sachant qu’environ 1 million de chauffe-eau sont remplacés/installés annuellement, l’effet de la règlementation sera rapidement sensible pour le système électrique français, dont le parc de cumulus constitue une ressource de stockage particulièrement économique et adaptée, dans un contexte où le développement massif des énergies intermittentes (éolien, solaire) conduit à des besoins de stockage de plus en plus importants !
L’OPECST (office parlementaire) avait proposé une règlementation qui impose aussi des contraintes en CO2 dans la RT2012 : le gouvernement l’a refusé… ce qui revient à exonérer l’habitat d’exigences sur le CO2, alors que le Grenelle justifie la mobilisation des politiques publiques sur le bâtiment par l’importance de ce secteur dans les émissions globales de CO2 ! Dans le même temps, le critère CO2 est le marqueur de la performance environnementale dans le transport, et l’on promeut l’électricité en substitution des carburants fossiles ! C’est là un paradoxe !
[1] Il s’agit d’un « CPL », courant porteur en ligne, émis à une fréquence musicale (175hz), par un boitier situé dans les postes-sources, émis le soir et le matin pour lancer et arrêter les cumulus.
[2] Ce coefficient s’interprète comme suit. Si l’on utilise à la maison du gaz, du charbon, du mazout, l’énergie correspondante, dite finale, est affectée du coefficient 1. Si l’on utilise de l’électricité produite dans une centrale à gaz ou à charbon, on l’affecte d’un coefficient multiplicateur 2,58 pour tenir compte du rendement de la centrale, en fait du rendement moyen des centrales. Ce coefficient est en fait absurde en France puisque plus de 80% de l’électricité est produite à partir de l’hydraulique et de l’uranium qu’on ne sait pas utiliser autrement !



