Le pic pétrolier et l'Europe, une situation d'urgence
- Détails
- Ecrit par Bernard DURAND
- Publié le Dimanche, 26 Juin 2011 11:30
- Thème parent : Production d’énergie
- Thème: Combustibles fossiles
Bernard DURAND[1] : Le Pic Pétrolier et l’Europe, une situation d’urgence - 11 Juin 2011
Introduction
Des discussions récurrentes ont lieu depuis des années sur le futur de notre approvisionnement en énergie. Mais elles se sont focalisées presque uniquement sur l’évaluation des réserves naturelles d’énergie (énergies primaires) sur lesquelles on peut espérer compter dans l’avenir. Ce faisant on a oublié que la croissance (ou la décroissance) matérielle d’une société humaine n’est pas liée sur le moment au volume de ses réserves naturelles d’énergies (énergies primaires), mais à l’augmentation (diminution) de sa consommation d’énergie utile (1).
En d’autres termes, on s’est intéressé surtout au volume du tonneau, ce qui est certes très important pour l’avenir à long terme, mais très peu au débit possible du robinet. On s’est intéressé au contenu du réservoir du véhicule, mais non à son carburateur. Or c’est la consommation de l’énergie, c’est-à-dire le flux (débit) de son utilisation, qui gouverne l’économie du moment, et non le volume de ses réserves.
En effet les lois de la physique imposent qu’il est impossible de produire des biens matériels sans disposer d’énergie. A tout moment, la puissance matérielle d’une nation dépend donc de la quantité d’énergie dont elle dispose, et les variations de cette disponibilité gouvernent la croissance ou la décroissance de sa production de biens matériels, et par conséquent de son Produit Intérieur Brut (PIB). Certains économistes2 prétendent que dans les pays industrialisés à économie de marché, la contribution de la disponibilité d’énergie à la formation du Produit Intérieur Brut (PIB) est plus importante que les disponibilités du capital et du travail : les proportions moyennes actuelles des contributions à cette formation du PIB seraient de l’ordre de 50 % pour l’énergie, 35 % pour le capital et 15 % pour le travail, alors que les coûts de l’énergie ne représentent que de l’ordre de 10% des coûts industriels.
La part relativement faible de la facture énergétique dans le PIB d’un pays industriel (quelques %) ne mesure donc pas l’influence considérable que la disponibilité de l’énergie a sur ce PIB. Et une diminution même relativement modeste de cette disponibilité, dont le signe est une augmentation brutale des prix si elle est rapide, peut donc entraîner une diminution importante et rapide du PIB, c’est-à-dire une récession économique.
Le mécanisme de la récession est enclenché par l’augmentation des prix. Celle-ci entraîne une diminution de pouvoir d’achat qui s’étend à l’ensemble de la consommation de biens matériels. Il en résulte une baisse de l’activité industrielle et du PIB, et un accroissement du chômage. Cette récession fait alors baisser la consommation d’énergie, et donc son prix.
Observons au passage que la demande des consommateurs en pétrole s’exprime non pas en pétrole brut, mais en produits raffinés, carburants, combustibles, intermédiaires de synthèse chimique…Une crise sectorielle peut donc être enclenchée par la diminution de la disponibilité en ces produits entraînant une augmentation de prix. Dans ce contexte, la qualité du pétrole brut disponible, mais aussi les capacités de raffinage et leur structure jouent un rôle, puisqu’elles ont une influence sur les quantités et les proportions relatives des produits que le raffinage tire du pétrole brut. C’est ainsi qu’une insuffisance des capacités de production en gazole a par exemple provoqué il y a quelques années une augmentation très sensible des prix du gazole à la production.
L’objet de cette étude est de montrer pourquoi, dans les quelques années qui viennent, de graves difficultés d’approvisionnement en pétrole vont commencer à avoir lieu dans les pays qui, comme la France et la grande majorité des pays européens, n’ont pas de ressources pétrolières significatives sur leur territoire, et d’attirer l’attention sur les risques que court l’Europe des 27 si, comme maintenant, elle se refuse à agir en conséquence.
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[1] Géochimiste des combustibles fossiles, ancien directeur de la Division Géologie-Géochimie de l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles, ancien directeur de l’ENS de Géologie.
Bernard Durand est membre du Conseil Scientifique de Sauvons le Climat



