NEGATEP de SLC: l'éco-cohérence des choix énergétiques

Le scénario NEGATEP de Claude Acket et Pierrre Bacher
actualisé en juin 2014 :

Diviser par quatre les rejets de CO2 dus à l’énergie

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et son

Analyse financière

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Sauvons Le Climat a tenu sa 7 ème université d'été à Bordeaux, 2 - 4 octobre 2014 

Le devenir du climat : pourquoi agir ? 

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Le Conseil scientifique de Sauvons Le Climat
a élaboré des fiches explicitant les caractéristiques,
les atouts et les inconvénients des diverses sources d'énergie.
Pour les consulter, aller dans Notre expertise, puis Fiches énergies
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Les Verts au charbon, plein gaz ! - Jacques TREINER

 

 

Jacques TREINER, physicien, membre de « Sauvons le climat »

 

L’imaginaire de l’énergie est puissant : l’écologie d’Epinal qui imagine qu’avec quelques panneaux sur le toit de sa maison et une éolienne au fond du jardin on résout la question de l’énergie est lovée au fond de nombre de scénarios de la transition énergétique qui, par ailleurs, peuvent représenter des constructions très élaborées. Du soleil, du vent, ne manque plus qu’un peu d’amour et d’eau fraîche pour un bonheur parfait. 100 % renouvelable est le dernier mot d’ordre, pourquoi résister ?

Las… !

Les chantiers de l’éolien en discussion aujourd’hui en France et en Allemagne permettent de préciser quelques ordres de grandeur. L’appel d’offres pour le parc d’éoliennes de mer de 3 GW prévu en Normandie et en Bretagne requiert un investissement de 10 milliards d’euros. En Allemagne, il s’agit d’un parc de 600 MW pour un investissement de 1,2 milliards d’euros. Est-ce peu, est-ce beaucoup ? Voyons. Une éolienne de mer délivre une puissance moyenne égale environ au tiers de sa puissance nominale, car elle ne produit pas d’énergie lorsque le vent est en panne ou trop violent. A cela s’ajoute le fait que les éoliennes sont données pour fonctionner une vingtaine d’années, alors qu’une centrale standard fonctionne trois fois plus de temps. Tout compris, sur la longue durée, cela fait 9 fois le coût du Watt installé. Autrement dit, pour obtenir l’équivalent d’une centrale EPR de 1,6 GW fonctionnant 90% du temps (pour un coût d’environ 6 milliards d’euros) il en coûtera, suivant les deux projets mentionnés, 42 milliards d’euros en France, 25 en Allemagne.

Cette estimation est certes grossière, elle ne tient pas compte des coûts d’exploitation, du développement massif de lignes sous-marines pour ramener la production vers la terre, de l’entretien, du démantèlement des installations, du traitement des déchets dans le cas du nucléaire etc. Mais elle permet tout de même de conclure que, à l’évidence, ces financements des renouvelables ne se trouveront pas à la hauteur d’une sortie massive et rapide du nucléaire et des fossiles : la facture d’électricité serait multipliée par cinq, au moins. Les renouvelables intermittents, utiles à coup sûr dans les pays gros émetteurs de gaz à effet de serre pour leur production d’électricité, ne joueront jamais qu’un rôle partiel. En revanche, la porte est grande ouverte pour les centrales au charbon ou au gaz, incomparablement moins chères. L’éolien, une façon de verdir le gaz ?

Il parait que l’Allemagne montre le chemin. L’énergie nucléaire y est décrétée « non éthique » : c’est le retour – qui montre que du passé il est décidément bien difficile de « faire table rase » - d’un romantisme de la nature, bien germanique, qui fait frémir dans ce contexte : sera donc éthique de pousser le charbon et la lignite, seront éthiques les dizaines de milliers de morts prématurés dus aux poussières émises lors de leur combustion, éthique le recours accéléré aux centrales à gaz pour palier les caprices du vent lorsqu’il souffle trop ou trop peu sur les pales des éoliennes, éthique l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, un kWh d’électricité s’accompagne en Allemagne de 6 fois plus d’émission de gaz carbonique qu’en France, quel sera le rapport demain ? Les Allemands paient leur électricité 30% plus cher qu’en France, combien demain ? Les scénarios produits par le ministère de l’économie et de la technologie allemand qui envisagent de ramener en 2050 leur niveau d’émissions à celles de la France prévoient que l’Allemagne devrait importer un quart de sa consommation électrique : même en divisant par deux la consommation d’énergie primaire, les scénarios les plus volontaristes n’assurent pas, et de loin, l’autosuffisance électrique de nos voisins. Mais puisque c’est cela le chemin …

On préfèrerait pourtant que l’éthique soit réservée aux questions humaines, et moins aux problèmes de plomberie que sont, après tout, les questions d’approvisionnement énergétique – pour importantes qu’elles soient.

Alors, les Verts : au charbon en Allemagne, plein gaz partout ?

Ce texte a été publié par Libération le 16 décembre 2011

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