La Gérondeaucratie - Dominique VIGNON

 

Dominique VIGNON : La Gérondeaucratie

 

Chistian Gérondeau, pour la détermination dont il a fait preuve en tant que responsable de la Sécurité Routière de juillet 1972 (nommé par le Président Pompidou) à 1981, mérite le respect. Quelques décisions peu populaires qu'il a recommandées aux politiques de l'époque (limitation de vitesse des voitures ; casque pour les motards) ont fait reculer la mortalité sur nos routes de 18.000 par an (1972) à 13.000 en 1981 à son départ (et 4.700 en 2006).

Cependant fort de cette réussite, il se considère aujourd'hui comme un Expert, qui plus est Indépendant ; et il considère avoir le droit d'être Expert en tout. Il a choisi d'être expert en changement climatique, d'autant qu'il détient depuis cinquante ans un diplôme d'Ingénieur : il serait temps de le valoriser ; or il est Président de la Fédération Française de l'Automobile : il est temps de la favoriser.

Donc il écrit des livres. En 2007 : « L'écologie, la grande arnaque » (qui développe la thèse, pas complètement fausse, que l'écologie est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux écologistes ; il faut que les non spécialistes s'en occupent), et très récemment en 2009 : « CO2, un mythe planétaire1». Et ce dernier ouvrage est rehaussé d'une préface d'un non spécialiste de talent : Valery Giscard d'Estaing, dans un libelle rédigé à la hâte et inséré dans le livre déjà imprimé. Pour notre ex-Président : « Ce livre a le mérite de nous conduire à nous interroger sur les idées reçues, et peut-être à découvrir des voies d'avenir plus réalistes ».

L'expert Gérondeau sait que le GIEC se fourvoie, que le réchauffement climatique ne concerne que l'hémisphère Nord ; qu'il n'est pas corrélé aux émissions anthropiques de CO2, mais aux taches solaires (dont évidemment les vrais experts ignorent l'existence) ; qu'une montée du niveau des océans n'aura que des conséquences limitées à une faible bande côtière. Notre expert tire notamment ses sources d'Allègre (qui ne soutient plus vraiment ses contrevérités initiales) ; et des épigones d'Allègre, Vincent Courtillot et Jean-Louis Le Mouël. Peu lui importe que les arguments des « négationnistes » n'aient pas résisté aux critiques de la Communauté scientifique (et notamment de Hervé Le Treut et Edouard Bard lors d'un débat à huis clos mais à fleurets non mouchetés devant l'Académie des Sciences en 2007).

Mais l'essentiel n'est pas dans le débat scientifique auquel Christian Gérondeau n'apporte rien : en réalité, il n'en est pas partie prenante. L'essentiel réside dans les autres éléments du syllogisme Gérondeau. Le premier terme en est «Les modifications climatiques sont imprévisibles, et leurs effets seront négligeables » ; il y a déjà une petite contradiction : comment peut-on affirmer que seront négligeables des modifications imprévisibles. Mais les deux autres sont encore bien plus extraordinaires.

Ces autres termes sont « L'humanité pompera jusqu'à la dernière goutte de pétrole et brûlera jusqu'au dernier gramme de charbon » ; et « toutes les mesures prises pour lutter contre l'effet de serre (pêle-mêle l'isolation des logements, la taxation des carburants, les éoliennes, les panneaux solaires, les mesures du Grenelle de l'environnement, le protocole de Kyoto, les taxes carbone, les ampoules basse consommation) ne servent à rien ». Pour Christian Gérondeau, elles viennent trop tard, et sont trop faibles.

Christian Gérondeau en réalité exprime le plus total cynisme. Il considère que l'égoïsme est la vertu la mieux partagée : et il est donc normal d'épuiser en quelques siècles des ressources qui ont mis des centaines de millions d'années à s'accumuler.

Il considère corrélativement qu'il n'y aura jamais de volonté partagée de réduction des émissions de gaz à effet de serre, car une telle volonté collective serait contraire aux volontés individuelles instantanées, les seules dans lesquelles Christian Gérondeau croît.

La Gérondeaucratie : c'est la croyance dans l'individualisme le plus égoïste.

La position de Christian Gérondeau n'est pas fondée scientifiquement. Mais surtout elle suppose que notre humanité est amorale (« a » privatif : qui fait abstraction de toute morale).

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