Regards sur la nouvelle politique énergétique allemande

Pierre Audigier ( JLIB_HTML_CLOAKING )

Résumé

L’Allemagne a donc décidé, au lendemain de l’accident de Fukushima d’accélérer sa sortie du nucléaire. Huit réacteurs (8,4 GW) ont été immédiatement fermés et le dernier des neuf restant doit l’être en 2022 (soit la fermeture de 12 GW entre 2015 et 2022). Ce tournant énergétique (Energiewende) s’accompagne d’un développement considérable d’énergies renouvelables : à l’horizon 2050, 80% de la production d’électricité devrait avoir cette origine. Priorité est donnée aux énergies renouvelables intermittentes. L’Allemagne s’est également fixée comme objectif, toujours à la même échéance, de réduire de 80% ses émissions de gaz à effet de serre. Cela bien sûr sans obérer la compétitivité de l’industrie allemande.

Ce tournant repose sur un double pari : (i) pari sur l’arrivée à maturité de nouvelles technologies telles que le captage du carbone ou le stockage en masse de l’électricité et (ii) pari sur l’acceptabilité par les populations. Sur le premier point, il est certain que les technologies attendues ne seront pas disponibles pour un déploiement à grande échelle à horizon 2030 ; au-delà, c’est la plus grande incertitude. Sur le second, la principale difficulté porte sur l’acceptabilité par les riverains de nouvelles lignes de transport d’électricité à très haute tension (Il faut trois ans pour construire une éolienne, dix pour construire une ligne haute tension) et sur les coûts qui, in fine, sont à la charge du citoyen.

En attendant il faudra construire des centrales thermiques à flamme (gaz, charbon mais aussi lignite disponible en abondance) ce qui devrait conduire à une stagnation des émissions de CO2 par le secteur électrique (la France émet 57gr de CO2/KWh, l’Allemagne 570).

Si ce double pari ne concernait que les Allemands, nous pourrions nous contenter de souhaiter bonne chance à nos amis.

Mais ce pari concerne directement les voisins de l’Allemagne, notamment la France, cela sous au moins deux aspects : le tournant va engendrer des flux transfrontières considérables d’électricité intermittente que nous devrons accueillir. D’où la nécessité de renforcer les interconnexions mais aussi les réseaux en amont/aval des interconnexions proprement dites.

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