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"Diviser par 4 les rejets de CO2 dus à l'énergie"

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Les dangers du charbon

Les dangers du charbon (autres que l’effet de serre)

Bernard DURAND - 2012

 

«Nous ne voulons pas faire entendre par-là qu’on exagère l’importance des grands sinistres. Non, au contraire, mais aux nombreux petits accidents, qui, chaque année, font des centaines de victimes parmi les mineurs, on ne fait presque pas attention ou, en tout cas, on attache beaucoup trop peu d’importance. L’esprit public est ainsi fait, qu’il s’apitoie aisément sur cent hommes frappés ensemble par un cataclysme sensationnel et pas du tout sur le même nombre atteint en détail ». Georges de Launay (1)

 

Résumé

Les dangers entraînés par l’usage du charbon comme source d’énergie sont très importants, multiformes, et présents à toutes les étapes de la filière, de l’extraction à l’utilisation.

Mais fautes d’études à l’échelle mondiale bien plus détaillées que les études actuelles, on ne peut pour l’instant donner que des ordres de grandeurs des ravages ainsi provoqués.

Ces ravages commencent par les graves atteintes à l’environnement que provoque son extraction dans les grands pays producteurs, en particulier quand les exploitations se font à ciel ouvert. Les surfaces concernées sont considérables: pour ne parler que des pays européens, rien qu’en Allemagne 1500 km2 environ ont déjà été bouleversés pour y exploiter le lignite, et 10 000 km2 seront menacés dans l’avenir. Plus de 100 000 personnes ont été déplacées et leurs habitations détruites.

Les déchets, tant des exploitations, sous forme de stériles et de boues de lavage, que de la combustion du charbon, sous forme de cendres en provenance plus particulièrement des centrales électriques, se comptent à l’échelle mondiale en milliards de m3 par an. Leur stockage se fait dans des conditions trop souvent précaires.

Il est impossible pour l’instant d’évaluer la mortalité et la morbidité qui résultent dans les populations riveraines de ces atteintes à l’environnement, parce qu’il n’y a que très peu d’études épidémiologiques approfondies à ce sujet. Mais il existe dans certains cas des évidences de maladies qui y sont liées.

 

Les accidents dans les mines provoquent chaque année dans le monde la mort de 10 000 à 20 000 mineurs, ce qui est énorme par rapport à la mortalité provoquée par l’exploitation des autres sources d’énergie.

Cependant, contrairement à une idée fort répandue, la mortalité la plus importante dans les mines n’est pas celle due à ces accidents, mais celle due aux maladies professionnelles : A l’échelle mondiale, elle est de l’ordre de 500 000 morts chaque année, principalement à cause de la prévalence d’une très grave maladie pulmonaire, la silicose, due aux très fines poussières de silice en suspension dans l’atmosphère des mines.

Une deuxième très grande source de mortalité est due à l’utilisation domestique du charbon en espace confiné pour le chauffage et la cuisine, surtout dans les pays en voie de développement et émergents. Elle touche surtout les femmes et les enfants et est à peu près aussi importante que celle due aux maladies professionnelles. Elle est due principalement aux particules très fines contenues dans les fumées et à l’oxyde de carbone produit par des combustions en déficit d’oxygène, mais aussi à des composés organiques dangereux présents dans les fumées, tels que les hydrocarbures polycycliques aromatiques (HAP), et dans certains cas à des contaminations de l’alimentation par des polluants minéraux contenus dans le charbon, tels l’arsenic, le fluor, le sélénium ou le thallium.

La troisième et la plus grande source de mortalité est la pollution atmosphérique émise par les industries utilisatrices de charbon, au premier rang desquelles la production d’électricité. Elle provoquerait, selon les modélisations actuelles, de l’ordre du million de morts chaque année dans le monde. Les coupables sont surtout les particules extrêmement fines, de taille inférieures à 10 μ (PM10), contenues dans les cendres volantes (fly ash), qui peuvent pénétrer au plus profond des poumons et peut-être même dans la circulation sanguine.

 

Avec un ordre de grandeur de 1 à 2 millions de mortschaque année dans le monde, peut-être plus, et un nombre bien plus considérable encore de malades gravement atteints, le charbon est donc la plus dangereuse de toutes les énergies utilisées par l’homme, et cela de très loin. C’est en fait, avec une prévalence de l’ordre de grandeur de celle du paludisme,  une des principales causes de mortalité dans le monde. C’est aussi l’énergie dont on sait qu’elle contribue le plus à l’augmentation de l’effet de serre additionnel, par les émissions de CO2, mais aussi de méthane, qu’entraîne son utilisation. C’est pourtant l’énergie dont la croissance est la plus importante actuellement, parce qu’elle est de plus en plus utilisée par les pays émergents très peuplés à développement rapide, en premier lieu la Chine et l’Inde, mais aussi par de grands pays industriels.

 

Tous les pays ne sont pas égaux devant ces dangers: la Chine est de loin le pays le plus touché, car son développement actuel repose sur une consommation de charbon croissant à marche forcée, comme dans les pays européens au cours de leur Révolution Industrielle, avec des précautions qui ont été longtemps très insuffisantes tant pour l’extraction du charbon que pour son utilisation, et corrélativementpeu de considération pour la vie humaine. Dans les campagnes chinoises, le charbon est aussi très utilisé pour le chauffage et la cuisine, et cela en atmosphère confinée. Plus de la moitié de la mortalité mondiale due au charbon seraient ainsi le fait de la Chine. L’Inde n’est guère mieux lotie. L’Ukraine et la Russie ont encore de très grands progrès à faire. Dans tous ces pays cependant, une prise de conscience a déjà eu lieu ou est en train de se faire et des améliorations substantielles sont en cours.

Les citoyens de l’Europe se croient à l’abri, car dans leur inconscient collectif est ancrée l’idée que seuls les accidents dans les mines représentent un danger. Très égoïstement, ils pensent que c’est exclusivement l’affaire des ouvriers mineurs, surtout ceux de pays lointains car la sécurité dans les mines européennes s’est considérablement améliorée depuis les débuts de la Révolution Industrielle. Ils ne se sentent donc pas directement concernés.

Ce en quoi ils ont tort: les atteintes à l’environnement dues à l’extraction du charbon et au stockage de déchets sont très importantes. Les plus spectaculaires sont en Europe Centrale et de l’Est, en particulier dans les pays où l’on utilise beaucoup le lignite, Allemagne, Pologne et Pays des Balkans principalement.

D’autre part, si la mortalité dans les mines est en Europe bien plus faible qu’en Chine, et si le charbon n’y est plus guère utilisé pour le chauffage et la cuisine, la mortalité due à la pollution atmosphérique par les installations industrielles utilisatrices de charbon, en particulier les centrales électriques, reste importante : Les estimations actuelles pour l’Europe des 27 sont d’environ 30 000 morts prématurées par an, dont 10 000 en Allemagne et 1000 en France, et de 10 fois plus pour la prévalence des maladies graves.

En Europe comme ailleurs, le charbon est donc de loin la plus dangereuse des sources d’énergie, même si elle l’est beaucoup moins qu’en Chine. C’est d’autant plus regrettable que, à défaut de vouloir remplacer les centrales à charbon actuelles par des centrales ne fonctionnant pas au charbon, ce qui serait la meilleure solution, l’accélération de leur remplacement par des centrales modernes, sans supprimer cette mortalité, la diminuerait déjà de beaucoup.

 

Les pressions pour améliorer cette situation sont insuffisantes, et en Europe les médias européens sont étonnamment discrets sur le sujet. Pour avoir une idée plus précise des dégâts provoqués, les études épidémiologiques approfondies autour des centrales à charbon, mais aussi des exploitations et des stockages de déchets et de cendres devraient être systématiques, et leurs résultats devraient être largement diffusés, en particulier en Allemagne et dans les pays de l’Europe Centrale, de l’Europe de l’Est et des Balkans,  qui sont les plus concernés. C’est bien loin d’être le cas actuellement.

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1-De Launay, G., La conquête minérale, Paris, 1908.

 

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