Au sujet de "LA VERITE SUR LE NUCLEAIRE Le choix interdit" de Corinne Lepage

LA VERITE SUR LENUCLEAIRE

Le choix interdit

(Corinne Lepage ; Albin Michel)

 

Sauvons Le Climat    (juillet 2011)

 

Alors que s’engage en France un débat sur l’énergie nucléaire et sa place dans le mix énergétique européen, le dernier livre de Corinne Lepage mérite qu’on s’y arrête. Avocate spécialisée dans les questions d’environnement, ministre de l’environnement de 1995 à 1997 dans le gouvernement Juppé, aujourd’hui députée européenne, elle n’a jamais caché son opposition au nucléaire. Il était donc légitime de s’attendre à trouver dans ce livre un argumentaire circonstancié en faveur de la sortie du nucléaire, de quoi nourrir une bonne « disputatio » avec ceux qui restent persuadés que le nucléaire doit rester présent dans le mix énergétique français.

Le lecteur doit vite déchanter. C’est que Corine Lepage a des accents de procureur. Elle aligne attaques ad hominem, erreurs manifestes et jugements à l’emporte-pièce. Elle fait feu de tout bois, de la moindre déclaration sortie de son contexte, du moindre fait qui se trouve alors démesurément grossi. Aucun doute ne l’effleure. Elle sait tout. Son vocabulaire s’inscrit parfaitement dans ces quatre « passions démocratiques » sur lesquelles, a dit A. de Tocqueville, se jouent les élections et qui vont nous servir à présenter la substance du livre (les extraits du livre sont en italique) :

Indignation : le nucléaire est un sujet Tabou, on y applique le secret-défense parce que le nucléaire civil dérive en ligne directe du nucléaire militaire, on ne cesse de nous mentir et de nous cacher le risque du nucléaire.

Corine Lepage revient à plusieurs reprises sur le cas du professeur Pierre Pellerin, le chef d’orchestre de la diffusion des fausses informations sur le passage du nuage radioactif de Tchernobyl en France. On sait pourtant que le propos selon lequel le nuage se serait « arrêté à la frontière » a en fait été tenu par un certain Noël Mamère, qui le prêtait ironiquement au professeur Pellerin (lequel a gagné la quinzaine de procès que cette affaire lui a valu).

 

Peur : Fukushima lui donne bien sûr l’occasion d’exacerber les peurs, mais avec des arguments qui sont à la limite de la mauvaise foi. Nombre de nos centrales sont dans la même situation que celle de Fukushima et devraient être fermées, affirme-t-elle. Soyons sérieux : comment peut-on soutenir que ces centrales vont subir un séisme de niveau 9 et un tsunami de 15 m de haut ?

A propos de Tchernobyl, nous dit-elle, Greenpeace…conclut, malgré quelques incertitudes, à 200.000 décès constatés en 2.001 en Russie, Biélorussie et Ukraine. Plus d’un quart de million de cancers, dont près de 100.000 cas mortels, découleront de la catastrophe. Or ce sont là des morts calculés en fonction d’hypothèses scientifiquement non fondées ; ce ne sont pas des morts  observés. Mais l’auteure ne fait pas le détail.

 

Colère : L’ire de Corine Lepage se concentre sur les membres du lobby nucléaire, le principal péché dudit lobby nucléaire étant de vouloir : Changer l’appellation énergie « renouvelable », et de la remplacer par énergie « décarbonée ».

Le premier objectif du lobby est d’étouffer le développement des renouvelables en se focalisant pour commencer sur la première énergie mature et qu’il fallait donc impérativement limiter : l’éolien. Tout a été fait pour contrecarrer, voir stopper ces installations en les soumettant à la législation des installations classées.

L’Autorité de Sûreté Nucléaire fait l’objet d’un traitement particulier : encensée quand sa décision est conforme à la pensée de l’auteur, vilipendée quand elle ne l’est pas. Le professeur Tubiana, de renommée mondiale, celui qui a toujours nié les conséquences des accidents nucléaires, se voit désigné comme l’un des pères de la fable des 32 morts à Tchernobyl. On sait portant que ce nombre, qui est celui des morts constatés dans les trois mois après l’accident, a été fourni par le forum Tchernobyl.

 

Envie : En conclusion Corine Lepage présente les avantages de la société post-nucléaire qui nous apportera, « vérité, décentralisation, création d’emploi et nouvelle dynamisation de l’économie, indépendance énergétique, un scénario gagnant-gagnant ».Qui ne souscrirait à un tel programme ?

Quant à la méthode qui permettrait de mettre en œuvre une telle transformation, rien de plus simple : donner aux Français le droit de choisir.

 

Et, pour terminer à l’intention de ceux qui n’auraient pas été convaincus : le vent de l’histoire et de la modernité souffle. Le lecteur frémit car il sent bien que les poubelles de l’histoire ne sont pas loin !

Corine Lepage utilise une stratégie très simple : à une caricature du système existant, elle oppose une idéalisation d’un système sans énergie nucléaire, sans même effleurer la question de son coût.

 

« Tout ce qui est excessif est insignifiant », disait Talleyrand.
Gageons que, par ses excès, le livre de Corine Lepage convaincra les agnostiques, sinon de l’intérêt que continue à présenter l’énergie nucléaire, du moins de celui d’aller s’informer à d’autres sources.

Vous trouverez un analyse commentée de ce livre sur le site de « Sauvons Le Climat » : http://www.sauvonsleclimat.org/bibliographie2/880-la-verite-sur-le-nucleaire-le-choix-interdit.html

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