A propos de la déclaration de Martine Aubry sur la Sortie du Nucléaire

Sauvons Le Climat estime que l’accident de Fukushima est une formidable mise en perspective des enjeux de la sûreté nucléaire. Loin d’être une raison pour sortir du nucléaire en France, cet évènement dont les conséquences sont sans aucune commune mesure avec celles du tsunami qui l’a provoqué, devrait bien au contraire servir à une évolution du concept de sûreté, favoriser la décision de mise à la retraite des réacteurs les moins sûrs et justifier la construction d’une nouvelle génération de réacteurs plus onéreux mais sûrs même dans les circonstances les plus extrêmes.

La première secrétaire du PS vient de s'exprimer clairement en faveur du modèle actuellement décidé par le gouvernement allemand. Voici les cinq raisons principales pour lesquelles SLC s’oppose à cette position, qui selon nous constitue un non-sens technique et un contre-sens historique.


1. Les accidents de Three Mile Island (1979), puis Fukushima (2011)ont montré l’importance d’une conception robuste des réacteurs nucléaires, face à un accident grave. A TMI, le réacteur à eau sous pression (REP) a retenu le cœur fondu dans la cuve et les produits radioactifs dans l’enceinte de confinement. A Fukushima, pour les réacteurs à eau bouillante (REB) de modèle ancien, si l’essentiel du corium est resté dans la cuve, des produits radioactifs ont été dégagés hors de l’enceinte de confinement, dans l’environnement. Ceci démontre qu’il faut, de façon continue, placer la sûreté au premier plan des exigences de l’industrie nucléaire et prendre les mesures nécessaires pour pallier les faiblesses de conception constatées. Prendre Fukushima (ou  Tchernobyl) comme argument en faveur de la « Sortie Du Nucléaire » est un contre-sens historique, au moment où il faut lutter par tous les moyens contre les émissions de gaz à effet de serre. Or c’est ce que s’apprêtent à faire de nombreux responsables politiques dans le monde, sous la pression de l’émotion probablement temporaire d’une opinion publique dont les antinucléaires viscéraux et les media en quête de sensationnel ont aiguisé la sensibilité.


2. NON, le modèle allemand n'est un modèle ni pour la France ni pour l'Europe. Tout d'abord, il est plus facile pour l'Allemagne de réduire sa consommation que pour d'autres pays, car la population allemande va diminuer de 12 millions de personnes d'ici 2050 (projections ONU). Pour la France, c'est l'inverse! Le modèle de production électrique allemand est inacceptable en termes d'émissions de gaz à effet de serre (en Allemagne: près de 10 tonnes de CO2 par habitant et par an, moins de 6 en France – source IEA 2008) et de risques d'instabilité du réseau (black-out de 2006) . De plus, cette voie réduirait considérablement l’intérêt des projets de développement de véhicules électriques (à cause de l'augmentation du coût de l'électricité et des émissions induites par sa production). SLC  réaffirme donc que la France est au même niveau que l'Allemagne sur les énergies renouvelables (respectivement 14% et 17% en 2009), et nettement en avance sur les émissions de CO2 et les véhicules propres.

3. Avec l'EPR, la France détient un modèle de réacteur particulièrement sûr  et s’est engagée dans sa construction. C’est en fait le seul réacteur conçu en fonction d’hypothèses extrêmes de destruction du cœur du réacteur  ; son enceinte résiste à toutes les formes d’agression imposées, internes et externes, confine les produits radioactifs limitant les conséquences sur l’environnement d’accidents  graves: si le réacteur en subissait un, avec fusion de cœur, l’évacuation des riverains ne serait en principe pas nécessaire ; elle serait éventuellement décrétée uniquement par précaution, sur une courte durée avec la quasi-certitude de pouvoir retourner chez soi rapidement [1]. Pour les REP français en fonctionnement, à la suite de l’examen général de sûreté décidé par les Pouvoirs Publics, l’Autorité de Sûreté Nucléaire déterminera les travaux de mise à niveau de sûreté nécessaires, conduisant  éventuellement, à la fermeture des moins sûrs  .

4. Les investissements nécessaires pour maintenir la part du nucléaire (75%) dans la production d'électricité sont bien inférieurs (d'un facteur 2 à 5 selon les hypothèses) à ce qui serait nécessaire pour arriver à 50% d'énergies renouvelables dans le bouquet de production électrique. Aucun chiffrage réaliste n'existe pour un système électrique sans gaz ni pétrole ni nucléaire. Or, contrairement à ce que prétendent certains Verts, le gaz n'est une énergie ni propre ni abondante ni bien répartie dans le monde : c'est aussi un combustible fossile, émetteur de CO2. De plus il serait incohérent de recourir de façon croissante au gaz et de refuser l’exploitation du gaz de schiste.

 5. Une sortie du nucléaire en France pénaliserait les usagers (augmentation importante du coût de l'électricité) et négligerait les efforts fournis par les autorités, les industriels et les travailleurs du nucléaire pour assurer la sûreté et la sécurité de notre approvisionnement sans encombre depuis 1974.



Au contraire, en complément de la maîtrise de la demande d'électricité (MDE) nécessaire et prioritaire, SLC propose un modèle écologique et rationnel de production d'énergie [2], dont voici les points forts:

A. afin d'en favoriser les usages, développement important de la production de l'électricité, y compris nucléaire, accompagné de la réduction de la consommation d'hydrocarbures et du déploiement massif des énergies renouvelables dans les régions favorisées par la nature et qui en ont le plus besoin (projets 100% EnR dans les zones non interconnectées comme la Réunion, les Antilles, Mayotte, la Corse ..., et développement optimisé des ENR dans  les zones insuffisamment interconnectées et bien pourvues en énergies renouvelables telles que  la Bretagne ou les Alpes-Maritimes);

B. sortir du pétrole en accélérant le remplacement progressif des hydrocarbures fossiles et des biocarburants de première génération par des biocarburants de nouvelle génération (esters), produits à partir d’électricité nucléaire ou renouvelable et de biomasse [3];

C. pour le chauffage des bâtiments, développer les technologies combinant intelligemment stockage, énergies renouvelables et production électrique: pompes à chaleur, radiateurs électriques à accumulation, cogénération et réseaux de chaleur. Dans les logements anciens chauffés au fuel ou au gaz, développer le chauffage hybride [4]

En conclusion, Sauvons Le Climat refuse l'opposition entre renouvelables et nucléaires. Bien au contraire, la lutte contre les émissions de GES suppose, au niveau mondial, et surtout en Europe et en France, une complémentarité entre ces deux familles de modes de production d'électricité et de chaleur. Il réaffirme que la priorité est de réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre, et non pas  sortir du nucléaire à plus ou moins long terme.

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[1] Les atouts de sûreté de l'EPR vont au delà de la résistance de l'enceinte  : recueil du corium dans un "récupérateur", refroidissement passif pendant au moins 12 heures, recombineurs d'hydrogène, résistance à différents types d’accidents extérieurs ou actions terroristes, etc. Le but est d'éviter l'évacuation de populations et les répercussions sur l’environnement en cas d'accident de fusion de cœur. L'EPR n'est pas un produit purement français, mais le fruit d'une collaboration franco-allemande. Des modifications relativement faciles à intégrer à la conception initiale seront probablement nécessaires suite au retour d’expérience de Fukushima, sans impliquer de dépassement de budget, ni de retard prohibitifs de mise en service des premiers EPR. Réf. revue Contrôle de l'ASN n°164 de mai 2005 sur le réacteur EPR, simulation IRSN : http://www.irsn.fr/FR/popup/Pages/animation-astec.aspx

 

[2] scénario NEGATEP: http://sauvonsleclimat.org/best-of-slchtml/diviser-par-quatre-les-rejets-de-co2-dus-a-lenergie-le-scenario-negatep/


[3] une étude Logica datant de 2007 (réalisée par l'équipe de François Dauphin) a validé par simulation une production équivalente à la moitié de la consommation française de carburants (pour les transports) à partir de la seule forêt française.

[4] plaquette SLC, page 26: http://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/plaquette%20rvise%20avril%2009.pdf

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